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	<title>Les &#233;ditions Black-out</title>
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		<title>Les &#233;ditions Black-out</title>
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		<title>Chap I</title>
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		<dc:creator>Blackout</dc:creator>



		<description>I Le yack : Mammif&#232;re ruminant de grande taille et &#224; long pelage, le yack appartient &#224; l'esp&#232;ce Bos (Bos mutus/grunniens). Il vit dans les montagnes et les steppes d&#233;sertiques d'Asie, notamment au Tibet entre 3800 et 6000 m&#232;tres d'altitude. O&#249; il y est g&#233;n&#233;ralement utilis&#233; comme animal de b&#226;t. Repr&#233;sentez-vous une &#233;norme vache des alpages tib&#233;tains recouverte d'un paillasson &#224; poil long, d'une &#233;paisse moquette tra&#238;nant copieusement dans la boue et qui, du fait, devient rapidement un gros enchev&#234;trement de (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&quot;spip_poesie&quot;&gt;
&lt;div&gt;I&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&lt;strong&gt;Le yack :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mammif&#232;re ruminant de grande taille et &#224; long pelage, le yack appartient &#224; l'esp&#232;ce Bos (Bos mutus/grunniens). Il vit dans les montagnes et les steppes d&#233;sertiques d'Asie, notamment au Tibet entre 3800 et 6000 m&#232;tres d'altitude. O&#249; il y est g&#233;n&#233;ralement utilis&#233; comme animal de b&#226;t.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Repr&#233;sentez-vous une &#233;norme vache des alpages tib&#233;tains recouverte d'un paillasson &#224; poil long, d'une &#233;paisse moquette tra&#238;nant copieusement dans la boue et qui, du fait, devient rapidement un gros enchev&#234;trement de n&#339;uds, un fourbi ph&#233;nom&#233;nal que l'on pourrait facilement assimiler &#224; une quantit&#233; innombrable de dreadlocks.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; essay&#233; de d&#233;m&#234;ler une dreadlocks ? &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Imaginez-vous alors debout, confront&#233; &#224; l'anarchie broussailleuse du bestiau, une brosse insignifiante &#224; la main (vous savez, une de ces choses miniatures et m&#233;talliques utilis&#233;es pour d&#233;nouer le pelage de certains chiens &#224; poil touffu tout aussi miniatures)&#8230; Donc, imaginez-vous avec cette ridicule brosse en main, face au colosse en question, avec la ferme intention, bien s&#251;r dict&#233;e par un de vos sup&#233;rieurs hi&#233;rarchiques - car, vous vous en seriez dout&#233;, cela ne traverserait pas l'esprit d'un Homme normalement constitu&#233; - de peigner soigneusement le mastodonte. Tout &#231;a dans le but incongru de le rendre le plus &quot;joli possible&quot;, et ce, pour qu'il fasse sensation, le lendemain, lors de sa pr&#233;sentation au d&#233;fil&#233; annuel du salon de l'agriculture.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#61482;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il est sept heures et demi du matin, le soleil se l&#232;ve, je suis face &#224; Sacha (la gravure de mode concern&#233;e). Il est plut&#244;t paisible, et sa placidit&#233; n'a, pour le moment, eu aucune faille&#8230; Mais comme me le r&#233;p&#232;te tous les matins mon patron - &#233;leveur de bovins de son &#233;tat :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Attention mon p'tit, il est peut-&#234;tre p&#233;p&#232;re l'Sacha, mais &#231;a reste un gros taureau, un putain de gros taureau ! Alors le jour o&#249; il d&#233;cidera de te charger, tu as int&#233;r&#234;t &#224; courir tr&#232;s vite, et sans te retourner ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il se veut donc tr&#232;s rassurant.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je travaille pour lui depuis deux ans d&#233;j&#224;. Je ne me plains pas. Je n'ai pas fait d'&#233;tude, je n'ai m&#234;me pas mon bac, et j'ai trouv&#233; cette place par le biais d'un piston bien huil&#233;. Au diable la redite : je ne me plains pas. Cela &#233;tant, c'est loin d'&#234;tre une raison valable pour me demander de risquer ma petite existence, aussi minable soit-elle, en taquinant la sensibilit&#233; pileuse d'un animal d'une tonne, arm&#233; de deux cornes ac&#233;r&#233;es d'un m&#232;tre chacune&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; T'sais mon p'tit, Sacha est l'animal le plus repr&#233;sentatif de notre cheptel, et je compte sur toi pour le rendre le plus agr&#233;able possible &#224; regarder. &#187; Me disait donc, pour la &#233;ni&#232;me fois, monsieur Bourru, ce matin m&#234;me.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Toutefois&#8230; un animal par nature tr&#232;s laid, encore plus laid qu'une vache mal lun&#233;e, sans plus d'expression qu'un poisson mort oubli&#233; trop longtemps au soleil, reste irr&#233;m&#233;diablement laid. Et on a beau se casser le cul pour le rendre &#171; mignon &#187;, on parviendra seulement - et apr&#232;s moult efforts - &#224; camoufler la mis&#232;re sous une couche monumentale de&#8230; je ne sais pas moi&#8230; en l'occurrence, heu&#8230; de laque.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et oui, en plus de cette ridicule brosse m&#233;tallique, je suis arm&#233;, au creux de mon autre main, d'une bombe de deux litres de laque professionnelle fixation extr&#234;me effet &quot;saut du lit&quot;. S'il n'y avait pas, juste en face de moi, Sacha la grosse vache et sa puanteur extr&#234;me, et si je n'avais pas cette tr&#232;s &#233;l&#233;gante paire de cuissardes, j'aurais pu me prendre pour un coiffeur hupp&#233; d'un salon parisien sp&#233;cialis&#233; dans la starlette peroxyd&#233;e.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais bon&#8230; les pauvres b&#234;tes&#8230; il ne faut pas les accabler pour autant, apr&#232;s tout, ils leur arrivent de plaire &#224; certains tordus (je parle des yacks hein)&#8230; Ces pauvres b&#234;tes, elles ont bien tap&#233; dans l'&#339;il de Monsieur et Madame Bourru, le si&#232;cle dernier - je pourrais m&#234;me dire le mill&#233;naire pass&#233; - lors d'un s&#233;jour organis&#233; au Tibet, par un tour-op&#233;rateur qui depuis, je crois&#8230; a fait faillite.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ainsi&#8230; Le coup de c&#339;ur a pouss&#233; le couple Bourru &#224; n&#233;gocier avec un petit &#233;leveur local, un certain Machupiccu - si je me rappelle bien -, qui leur a vendu deux m&#226;les dans la fleur de l'&#226;ge, dont Sacha, et huit femelles nubiles. Le tout pour 6000 yuans ; somme qui ma fois&#8230; ne repr&#233;sente qu'une bouch&#233;e de pain en France - une bonne bouch&#233;e je l'admets (environ 600 euros) - mais qui correspond grosso modo &#224; quelques ann&#233;es de besogne acharn&#233;e et d'arpentage des sentiers escarp&#233;s de l'Himalaya.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bon. Je ne vous raconte pas le parcours du combattant subi par ces sensibles b&#234;tes - de plus de 3 m&#232;tres de long sur environ 2 m&#232;tres de haut - et par leurs nouveaux propri&#233;taires lors du trajet vers nos contr&#233;s, respectivement en container et en premi&#232;re classe, sur les m&#234;mes rails.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce fut folklorique.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bref. Je suis devant Sacha depuis dix minutes et je n'ai toujours pas commenc&#233;. Il va bien falloir que je m'y mette. Disons, par la t&#234;te.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Scratch&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'esp&#232;re ne pas &#234;tre trop &#233;nergique. Je n'y vais pas de main morte, la moiti&#233; des poils reste attach&#233;e &#224; la brosse et forme une grosse masse informe.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Scratch&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pour l'instant il a plut&#244;t l'air d'appr&#233;cier&#8230; M&#234;me si je m'y prends un peu comme un pied.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Scratch&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il est sympa Sacha&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'encha&#238;ne avec le corps, c'est amusant, je peux me suspendre &#224; la brosse les jambes recroquevill&#233;es, sans toucher terre, et sans un semblant de r&#233;action de la part du pacha.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il est sympa Sacha&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je fini par la queue, quatre heures plus tard. En sueur, et d&#233;goulinant de toutes parts&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'ai un tas d'au moins trente kilos de laine &#224; mes c&#244;t&#233;s - largement de quoi fournir ma garde robe en pull-over pour l'hiver - et&#8230; une grosse fringale commence &#224; me saisir les tripes &#224; coup de borborygmes r&#233;p&#233;t&#233;s...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il est temps pour moi d'aller d&#233;jeuner.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Madame et Monsieur Bourru forment un couple de paysans du cru, typique du Limousin profond.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les petits plats que pr&#233;pare Madame sont souvent tr&#232;s consistants et p&#232;sent dans le ventre toute l'apr&#232;s-midi. Je n'ai cependant pas d'autre choix pour le d&#233;jeun&#233;&#8230; Dans la mesure o&#249; la zone rurale qui accueille l'&#233;levage est des plus recul&#233;es, je suis oblig&#233; de supporter leur pr&#233;sence lors des repas, chose qui rel&#232;ve parfois de la gageure&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Peu importe. J'aime bien mon boulot, j'en assume les cons&#233;quences.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Au menu de ce midi : de la garbure, une soupe traditionnelle et rustique, mijot&#233; dans un grand pot de terre si&#233;geant aupr&#232;s d'un feu de chemin&#233;e. La base de cette mixture est constitu&#233;e de viande, de chou, de patates et de bien d'autres l&#233;gumes&#8230; un plat complet, plus ou moins &#233;quilibr&#233;, issu de notre bon vieux terroir.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aujourd'hui, la discussion abord&#233;e par Monsieur est un peu g&#234;nante&#8230; J'ai parfois l'impression de faire partie int&#233;grante de la famille &#224; l'&#233;gal d'un cousin, si ce n'est d'un fils.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; H&#233; Mami !... fini les films pornos ! nos probl&#232;mes au plumard sont d&#233;sormais &#224; classer dans le pass&#233; ! Le Lulu m'a caus&#233; deux mots d'un produit miracle ! un &#233;lixir de jouvence pour le bas ventre ! Et j'en ai command&#233; deux sachets sur Internet gr&#226;ce &#224; la connexion du Lulu, des pilules bleues pour moi, et des roses pour toi, ce sont les pilules du bonheur qui dise&#8230; Pi&#8230; Ce matin, le Lulu a re&#231;u le colis !... Et j'ai r&#233;cup&#233;r&#233; notre d&#251; ! 20 pilules de&#8230; de&#8230; je sais pu l'nom&#8230; mais y'a de quoi tenir un mois qui dise ! Diantre&#8230; comment &#231;a s'appelle d&#233;j&#224; ? ce machin-l&#224; ?&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;- Du Viagra Papi&#8230; Mais on est &#224; table, et je crains que tu mettes le petit un peu mal &#224; l'aise&#8230; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mal &#224; l'aise ? Moi ? Mal &#224; l'aise ?...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais bien s&#251;r que je suis mal &#224; l'aise ! Comment peut-elle en douter ? En plein repas, avoir l'esprit travers&#233; par l'image subliminale d'un couple d'anc&#234;tres &#224; la peau flasque et parchemin&#233;e en pleine copulation sauvage, &#231;a incommode oui, c'est le moins que l'on puisse dire.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Beua&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Enfin. Abstraction faite de ses quelques phrases inopportunes, la fin du repas fut&#8230; plut&#244;t silencieuse&#8230; certes g&#226;ch&#233;e par un dr&#244;le de go&#251;t ind&#233;finissable aux tr&#233;fonds de ma gorge, mais silencieuse...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#61482;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mon apr&#232;s-midi devait &#234;tre encore consacr&#233; &#224; Sacha, mais cette fois, il s'agissait de s'occuper de toute la logistique n&#233;cessaire &#224; son transport jusqu'&#224; Panam.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Primo, passer chercher la remorque adapt&#233;e chez Lucien, le voisin - &#224; quelques bornes tout de m&#234;me de la ferme. Rencontre qui, vraisemblablement, allait entra&#238;ner un abondant ap&#233;ro &#224; base de gnole et peut-&#234;tre m&#234;me un deuxi&#232;me s'il &#233;tait en forme&#8230; et un troisi&#232;me&#8230; voire un quatri&#232;me&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Secundo, revenir tant bien que mal &#224; la ferme et essayer d'expliquer &#224; Sacha qu'il faut rentrer dans la bo&#238;te, de pr&#233;f&#233;rence sans faire d'histoire parce que c'est pour son bien.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Autant dire que l'apr&#232;s-midi se promet encore plus casse t&#234;te - pour rester poli - que la matin&#233;e.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et pour en rajouter une couche, il s'est mis &#224; pleuvoir comme vache qui pisse - c'est le cas de le dire&#8230; et le terrain, d&#233;j&#224; labour&#233; par le passage des b&#234;tes et des machines agricoles risque vite de tourner &#224; la bouillasse mouvante. Heureusement, j'avais soup&#231;onn&#233; l'ond&#233;e et Sacha est &#224; l'abri enferm&#233; &#224; double tour dans l'&#233;table.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La coiffure, c'est pas mon truc, et je ne recommencerai pas d'aussit&#244;t.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pour aller avec mes cuissardes vertes, je vais enfiler une gabardine imperm&#233;able verte avec une large capuche verte. Je sais, le ton sur ton, c'est jamais terrible&#8230; Mais je peux vous assurer qu'avec ma touche de tueur en s&#233;rie psychopathe, ou de maniaque sexuel - cela d&#233;pend du point de vue - personne ne risque de m'interpeller.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Direction : chez le vieux g&#226;teux alcoolo de la ferme d'&#224; c&#244;t&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je prends le pick-up.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#61482;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Adi gamin ! Comment vas ?... M'accueille le vieux Lucien. Tu vas bin rentrer boire un p'tit digestif, le godet s'impose non ? t'as bin d&#251; te caler les joues ce midi, j'suppose ? Allez, tu vas voir gamin&#8230; l'digestif, y va t'aider &#224; dig&#233;rer, j't'assure, c'est on ne peut plus radical ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tu m'&#233;tonnes que ce soit radical, 89.9 de poire en pleine poire, distill&#233;e par les soins d'un expert en la mati&#232;re dans un archa&#239;que alambic qui date de Mathusalem&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Oui&#8230; pourquoi pas !... &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je ne refuse jamais un verre si gentiment offert, et puis son eau de vie porte bien son nom, c'est une poire qui donne la p&#234;che, une de celle qui redonne &#61489; du c&#339;ur &#224; l'ouvrage &#61490; du rubicond au visage et &#61491; du relief accident&#233; &#224; la truffe&#8230; Enfin, je pense que la d&#233;gradation physique de ce vieil homme n'est pas &#224; mettre - compl&#232;te - sur le dos de l'alcool, mais en grande partie sur celui de l'esclavagisme du labour. Ici encore un homme du terroir, c&#233;libataire depuis toujours, un rustre sympatoche, un fruste bossu qui gagne &#224; &#234;tre connu&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Dis-moi Lucien, je venais te voir pour la remorque, tu sais, celle qui te sers &#224; trimballer ton b&#233;tail. C'est pour Sacha, il a un d&#233;fil&#233;, demain apr&#232;s-midi, &#224; la capitale&#8230; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;- Ouais, ouais, ouais gamin, y'a p&#244; de soucis&#8230; J'l'ai stock&#233;e dans la grange, t'iras bin te servir tout seul hein ?&#8230; p&#244; de g&#234;ne entre nous. Mais avant toute chose&#8230; tu vas bin t'envoyer un autre godet ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;- Houl&#224; !... Excuse-moi&#8230; Regarde, fis-je, verre dress&#233; et tremblotant, je n'ai toujours pas bu le premier !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;- Ho gamin ! Te fais p&#244; prier&#8230; Bois&#8230; Bois&#8230; Goule dans ton godet&#8230; cela ne te fera p&#244; de mal, &#233;coute un vieux sage&#8230; la voix de la raison&#8230; de toute mani&#232;re, tu ne vas prendre le volant que sur deux petits kilom&#232;tres, grand max, et sur une route si fr&#233;quent&#233;e qu'en cinquante ans&#8230; je n'y ai jamais vu l'ombre d'un garde champ&#234;tre ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je bois mon verre. La gnole n'est pas mauvaise mais&#8230; elle te fait bouillonner les entrailles d'une fa&#231;on telle qu'il y a de quoi prendre une bonne le&#231;on d'anatomie.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La bouche, le pharynx, l'&#339;sophage, le cardia et&#8230; l'estomac !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Harrr&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; J'ai la bouche p&#226;teuse&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;- J'ai le rem&#232;de ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'ai encore pens&#233; tout haut moi&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quel naze&#8230; cela m'arrive trop souvent. En m&#234;me temps&#8230; je touche du bois&#8230; car pour l'instant&#8230; cela ne m'a contraint qu'&#224; boire quelques dizaines de verres suppl&#233;mentaires&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#61482;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quatre ou cinq godets plus tard&#8230; je me d&#233;cide &#224; sortir atteler la remorque. Lucien lui, est rest&#233; &#224; l'int&#233;rieur en bonne compagnie de sa meilleure amie. Sans aucune difficult&#233; particuli&#232;re, je me d&#233;merde pour que la fixation remorque/attache caravane soit suffisamment solide. Il faut dire que c'est du vieux matos - aussi vieux et aussi tordu que le Lucien pour tout dire - et que le syst&#232;me d'attelage du pick-up n'est pas vraiment adapt&#233; &#224; celui de la remorque. Mais je me d&#233;brouille. Un peu de corde, un sandow par-ci, un tender par-l&#224;, et le tout tient&#8230; &#224; vrai dire plus ou moins bien&#8230; C'est m&#234;me l&#233;g&#232;rement bancal&#8230; Qu'&#224; cela ne tienne, il faudra simplement faire attention &#224; ne pas conduire trop vite&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Teuf Teuf &#187; fit le trajet.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'arrive sans mal. Tant mieux, car j'en connais certains qui m'en auraient s&#251;rement voulu&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La caisse vaguement gar&#233;e devant l'&#233;table, je sors, cl&#233; en main, pour ouvrir la grande porte qui me s&#233;pare de Sacha. Cependant&#8230; quelque chose me chagrine&#8230; Il me semble bien avoir ferm&#233; le verrou avant de partir tout &#224; l'heure&#8230; Oui, c'est une certitude, je me revois le faire. J'entends encore le cliquetis de la cha&#238;ne&#8230; et encore mieux ! celui - caract&#233;ristique s'il en est - du verrou qui se ferme.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Alors merde&#8230; j'ai a peine la vingtaine, ne me dis pas que la s&#233;nilit&#233; me guette d&#233;j&#224; ! Sinon&#8230; qu'elle me guette encore &#224; bonne distance pendant au moins trente ans ! Trente ans, c'est pas &#233;norme ! C'est pas trop demander !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Merde alors&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;H&#233; ! b&#233; ! non ! C'est clair ! C'est net ! C'est pr&#233;cis ! C'est trop demander !... Le verrou est grand ouvert, il me regarde bouche b&#233;, &#233;bahi comme qui dirait. Dingue !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je me demande soudain s'il n'y a pas pire situation derri&#232;re cette porte&#8230; ouverte&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un frisson remonte le long de ma colonne.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Prenons des gants&#8230; Oui, poussons la porte d&#233;licatement&#8230; l&#224;&#8230; oui&#8230; doucement&#8230; et non&#8230; l&#224;&#8230; non !&#8230; non non ! c'est pas possible, non non non !... &#199;a y est&#8230; J'ai cette saloperie de syndrome - vous l'avez peut-&#234;tre d&#233;j&#224; chopp&#233; avec une autre partie de votre corps, c'est tr&#232;s personnel comme chose - le syndrome du coude qui bouge tout seul lorsqu'on flippe sa race !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sacha, et b&#233; Sacha&#8230; s'&#233;tait fait la malle !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un d&#233;bonnaire morceau de barbaque d'une tonne, trop lourd pour faire plus de deux pas par jour (la plupart du temps pour aller d'un bout &#224; l'autre de son auge, et encore&#8230; elle ne doit m&#234;me pas faire trois m&#232;tres cette putain d'auge !) s'est barr&#233; ! N'est plus l&#224; ! Ce gros ben&#234;t s'est barr&#233; ! Il s'est carr&#233;ment volatilis&#233; !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Attends, attends&#8230; attends&#8230; r&#233;fl&#233;chissons&#8230; Il a d&#251; sortir&#8230; par la porte.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais quelle perspicacit&#233; mon cher&#8230; elle &#233;tait grande ouverte !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il doit y avoir des empreintes alors&#8230; il doit y avoir des&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Non&#8230; - l&#224; je ne vous dit pas, le coude est en train de m'emporter litt&#233;ralement tous le reste de mon petit corps tout fr&#234;le avec son tremblement compulsif&#8230; mais le tremblement compulsif d'un mec qui flippe sa race !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aucune trace visible d'un quelconque mouvement &#224; part celles que j'ai laiss&#233;es tout &#224; l'heure en peignant cette satan&#233;e bestiole - qui ne bouge pas d'un poil des heures durant, mais qui dispara&#238;t ! Sans crier gare ! ou pousser un mugissement ! ou un ronflement !...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un sifflotement m'aurait suffi !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il doit poss&#233;der un pouvoir de t&#233;l&#233; transportation ce con ! &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bon&#8230; Tr&#234;ve d'&#233;lucubrations. Il faut que je me calme, que je me ressaisisse, c'est pas possible&#8230; Y'a quelque chose qui cloche, y'a quelque chose qui m'&#233;chappe, merde, ce - n'est - pas - possible&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et moi&#8230; en attendant&#8230; je vais me faire descendre. Je vais me faire trouer le cuir avec du 22, avec la long riffle charg&#233;e, qui attend paisiblement sur le r&#226;telier dans le placard, qui attend une action, quelque chose de suffisamment gros - genre, la disparition d'un yack de comp&#233;tition - pour sortir se balader et se d&#233;fouler un peu.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'vais morfler.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais pourquoi je pense d&#233;j&#224; &#224; ma mort ? J'suis bien d&#233;faitiste&#8230; j'vais tout b&#234;tement le retrouver ce yack de malheur.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mon Dieu&#8230; Je ne crois pas au surnaturel. J'e ne suis pas superstitieux. Je ne crois pas au paranormal. Mon Dieu&#8230; Tiens ! qu'il me tripote, comme dirait l'autre&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sacha, il ne bougeait pas des masses, pour s&#251;r, il n'est pas pass&#233; par la porte, donc&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il s'est t&#233;l&#233; transport&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Non&#8230; mais il a pu s'envoler ce con&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le jour ou les yack auront des ailes est arriv&#233; !... Craignaient les yacks !... V&#233;n&#233;raient les yacks volant !... Qui doivent rester malgr&#233; eux &#224; terre pour p&#226;turer les trois quarts du temps&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Non&#8230; Regardons autour de nous&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L&#224; ! Voil&#224; !... Il y a une &#233;norme br&#232;che dans le toit. Une partie des t&#244;les ondul&#233;es sont en suspension autour d'un trou b&#233;ant, presque aussi large que peut l'&#234;tre un yack. La poutre de soutien principale m'a bien l'air bris&#233; en son centre&#8230; d'une l&#233;g&#232;re cassure&#8230; surplomb&#233;e d'une trace rectiligne, sans doute une corde qui est venue frotter le bois pour soulever le yack&#8230; et celui-ci n'a pas d&#251; passer du premier coup, le pauvre&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Une chose est s&#251;re, j'ai du bol&#8230; rien ne m'est tomb&#233; sur la tronche. J'aurai pu avoir tr&#232;s mal&#8230; m&#234;me les t&#244;les ondul&#233;es sont mena&#231;antes, flottant &#224; peine retenues par un &#233;quilibre&#8230; quasiment parfait - je dis quasiment parfait parce que le tout vibre un peu&#8230; J'ai m&#234;me l'impression que leur mouvement s'intensifie&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tiens ! J'entends craquer maintenant&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'vais peut-&#234;tre me d&#233;cider &#224; m'activer&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;OUI ! Je vais me&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;CRACK !&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chap II</title>
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		<description>II La bouse de yack : De la famille des bovid&#233;s, le yack est un herbivore. Son syst&#232;me digestif est &#224; double circuit et permet donc &#224; un m&#234;me aliment de faire deux repas. Les ruminants, tel que leur nom l'indique &#171; ruminent &#187;. Ils font repasser de leur estomac dans leur bouche de petites portions de nourriture qu'ils rem&#226;chent avec soin. Une fois parvenu &#224; la consistance d'une bouillie, l'aliment continue son parcours pour subir l'action des sucs gastriques. Leurs d&#233;f&#233;cations sont importantes et peu (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&quot;spip_poesie&quot;&gt;
&lt;div&gt;II&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&lt;strong&gt;La bouse de yack :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De la famille des bovid&#233;s, le yack est un herbivore. Son syst&#232;me digestif est &#224; double circuit et permet donc &#224; un m&#234;me aliment de faire deux repas. Les ruminants, tel que leur nom l'indique &#171; ruminent &#187;. Ils font repasser de leur estomac dans leur bouche de petites portions de nourriture qu'ils rem&#226;chent avec soin. Une fois parvenu &#224; la consistance d'une bouillie, l'aliment continue son parcours pour subir l'action des sucs gastriques. Leurs d&#233;f&#233;cations sont importantes et peu consistantes voire liquides. S&#233;ch&#233;es, elles sont utilis&#233;es par les &#233;leveurs tib&#233;tains comme combustible.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je vous assure que j'aurais amplement pr&#233;f&#233;r&#233; qu'elle soit s&#232;che cette salet&#233; de bouse. Au lieu de &#231;a, j'ai les deux tiers de la face enfonc&#233;e dans un gros tas de merde toute fra&#238;che. Et encore chaude.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;C'est&#8230; immonde&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je me suis jet&#233; en avant pour &#233;viter un large morceau de t&#244;le ondul&#233;e et, sans autre recours possible, j'ai plong&#233; l&#224;-dedans la t&#234;te la premi&#232;re, droit devant.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je d&#233;teste la bouse de yack.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Elle sent encore plus fort que celle des vaches de nos contr&#233;es, et pourtant, je ne sais pas moi&#8230; ils bouffent la m&#234;me saloperie d'herbe !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je retire du bout de mes doigts le petit reste de bouse qui m'encombre le coin de l'&#339;il droit et l'&#233;paisseur flasque encore coll&#233;e &#224; ma joue.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Beua&#8230; C'est une infection.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bref&#8230; reprenons-nous. Et focalisons sur le myst&#233;rieux envol - peu probable - du gros badaud de Sacha&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je me pose sur mes fesses pour r&#233;fl&#233;chir un court instant... Court seulement car je dois bient&#244;t sortir donner au reste du troupeau sa pitance quotidienne.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Est-ce que je me risque &#224; tenir au courant les &#233;poux Bourru de la disparition de leur mascotte ador&#233;e ?... Adul&#233;e m&#234;me ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Non&#8230; je ne vois m&#234;me pas pourquoi je me pose la question. Ils n'auront vent de l'affaire qu'en dernier lieu, il faut tout d'abord que je m&#232;ne ma petite enqu&#234;te&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Allons en priorit&#233; v&#233;rifier si ceux qui ont enlev&#233; Sacha ne l'ont pas d&#233;pos&#233; &#224; proximit&#233;&#8230; Il est lourd ce pataud-l&#224;... Ses ravisseurs n'ont certainement pas pu le transporter bien loin&#8230; En plus, il ne me semble pas avoir entendu d'appareil motoris&#233;, comme un h&#233;lico, ou une grue&#8230; Enfin&#8230; le minimum requis pour d&#233;placer un poids aussi cons&#233;quent&#8230; Et puis, de toutes les mani&#232;res, avec le temps de chiotte qu'il fait, je me demande bien comment ils ont pu proc&#233;der&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Merde ! Ils ont &#233;t&#233; discrets les salopiaux ! Peut-&#234;tre ont-ils utilis&#233; un h&#233;lico furtif ?...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Non&#8230; ce ne peut pas &#234;tre l'arm&#233;e tout de m&#234;me&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je vais tourner parano.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un coup de manche sur le visage et je me rel&#232;ve d'un geste. Je sors de la grange - il flotte encore - et je m'emploie &#224; refermer &#224; double tour les battants de la porte d'entr&#233;e. Je suis un peu speed&#233; mais tant mieux, je n'en serai que plus efficace.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Cette fois-ci, je v&#233;rifie que tout est bien boucl&#233;, &#224; trois reprises, et je prends le chemin des cuisines&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je longe la b&#226;tisse pour &#233;viter de me tremper de trop, et je me surprends &#224; suivre quasi instinctivement une ombre&#8230; bizarre&#8230; Une t&#226;che informe apparue subitement sur le mur de pierre... Elle se d&#233;place assez vite et me para&#238;t grossir&#8230; Oui. Elle est de plus en plus grande&#8230; Ce doit &#234;tre un oiseau ou un avion&#8230; en approche&#8230; dans mon dos&#8230; je me retourne ou pas ?&#8230; heu&#8230; j'ai un dr&#244;le de pressentiment&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ma curiosit&#233; me perdra.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je me retourne.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Houa ! Mais qu'est-ce que c'&#233;tait ! Une chose vient de me passer juste au dessus de la t&#234;te ! Une chose gigantesque ! Je n'ai aucune id&#233;e de la nature du bestiau mais c'est parti aussi vite que c'est venu&#8230; Dingue !... tout ce dont je suis s&#251;r c'est qu'il s'agissait d'une sorte de volatile dans les tons marron tourbe d'au moins quatre m&#232;tres d'envergure, et que cet ovni d&#233;gage sur son passage une effluve pestilentielle&#8230; C'est dingue ! tout ce qui m'arrive aujourd'hui&#8230; Je pense que si j'&#233;tais un minimum lettr&#233; j'en &#233;crirai un bouquin et je me ferai un pognon dingue en revendant les droits pour la t&#233;l&#233; ! Merde ! Il n'y a pas de vautour dans nos r&#233;gions ! et puis, ce n'&#233;tait s&#251;rement pas un vautour, c'&#233;tait plus un animal chim&#232;re, un monstre !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Attends&#8230; Vers o&#249; se dirigeait-il ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vers l'ouest. Oui. Vers l'ouest. Vers les p&#226;turages !... Il faut que j'acc&#233;l&#232;re le pas, j'esp&#232;re que cette monstruosit&#233; n'est pas carnivore, parce que le troupeau risque d'en p&#226;tir s&#233;v&#232;re ! Allez, magne-toi le train ! Ha&#8230; c'est pas toujours pratique de courir avec des cuissardes, et j'vois rien avec cette pluie cinglante ! Elle me fouette la tronche !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#199;a glisse, &#231;a glisse, ce sentier est une vraie pataugeoire !...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je suis bient&#244;t arriv&#233;&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bient&#244;t&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'y suis. Je rep&#232;re le second m&#226;le, Serge, encore plus moche que Sacha, et plus laid que d'habitude car d&#233;tremp&#233; comme un&#8230; comme un&#8230; comme un yack rest&#233; sous des trombes d'eau pendant des lustres.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les femelles sont l&#224;, &#224; ses c&#244;t&#233;s, et j'commence &#224; les compter :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Deux&#8230; quatre&#8230; six&#8230; sept&#8230; deux, quatre, six, sept&#8230; Mais&#8230; o&#249; est pass&#233;e la derni&#232;re ? O&#249; est-elle ? C'est pas le moment de jouer &#224; cache-cache&#8230; o&#249; t'es-tu planqu&#233;e satan&#233;e vache ?...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Elle a d&#251; s'isoler derri&#232;re le bosquet, l&#224;-bas&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je fais le tour.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ouais&#8230; Je t'ai rep&#233;r&#233; !... &#231;a soulage&#8230; Par contre&#8230; petite&#8230; tu ne m'as pas l'air dans ton assiette&#8230; Attends-moi&#8230; Je viens voir ce que tu nous couves&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D'abord, laquelle est-ce ? &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Brigitte&#8230; Ouais, c'est Brigitte&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ma petite, il va falloir que tu finisses par comprendre que tu fais partie d'une esp&#232;ce de bovid&#233; d&#233;nomm&#233; &#171; yack &#187;, et que tu n'es pas une autruche, qu'est-ce que tu fabriques dans cette position grotesque ? ton arri&#232;re-train relev&#233;, tes pattes &#233;cart&#233;es et ton museau plant&#233; dans l'herbe&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Brigitte ! Ho ho ! Brigitte ! rel&#232;ve-toi ! viens voir Papa !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;C'est qu'elle ne bouge pas d'un poil cette conne ! D'habitude&#8230; les femelles montrent de l&#233;g&#232;res r&#233;actions lorsqu'on pousse une gueulante&#8230; Bon, on ne peut pas dire qu'elles r&#233;pondent &#224; leur nom, loin de l&#224;, mais pour elle, la voix humaine est synonyme de compl&#233;ments alimentaires app&#233;tissants et cela suffit largement &#224; leur faire tourner la t&#234;te&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Elle m'inqui&#232;te&#8230; Je vais me rapprocher.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Brigitte ! Ho ho ! Brigitte !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il ne faut pas non plus&#8230; que je m'en approche de trop&#8230; Elle ne m'a jamais pos&#233; de probl&#232;me, mais il faut toujours se m&#233;fier des r&#233;actions que peuvent avoir les animaux bless&#233;s ou en mauvaise sant&#233;&#8230; Je me souviens d'une fois o&#249;, dans un bois, j'avais d&#233;couvert gisant &#224; terre un petit oiseau, tout mimi, tout jeune, qui avait d&#251; tomber de son nid. Etant moi-m&#234;me tout jeune, je me suis na&#239;vement baiss&#233; pour le ramasser. Et bien - croyez-le ou pas - cet oisillon, alors que je m'appr&#234;tais &#224; le saisir, m'a plant&#233; son bec ac&#233;r&#233; dans la main ! et j'ai d&#251; le broyer entre mes doigts pour qu'il arr&#234;te de me piquer.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bref, je vais rester &#224; bonne distance et prendre un long b&#226;ton pour la taquiner.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Brigitte ! Ho ho ! Brigitte !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Non, d&#233;cid&#233;ment, elle n'a pas l'air de vouloir bouger&#8230; Je vais enfoncer la pointe du b&#226;ton un peu plus profond&#233;ment dans sa fourrure et atteindre le cuir&#8230; elle va bien finir par r&#233;agir&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Allez&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et non&#8230; je me rapproche encore&#8230; de la main, je la pousse d&#233;licatement&#8230; mais sa chair inanim&#233;e me semble toute raide&#8230; On dirait une de ces statues grecques de l'olympe en version trente millions d'amis, une athl&#232;te quadrup&#232;de en manteau de vison sur le point de prendre le d&#233;part d'un cent m&#232;tres haie.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'insiste&#8230; et la pousse &#224; nouveau, juste un peu plus virilement&#8230; Ha&#8230; l&#224;, je crois&#8230; qu'elle perd l'&#233;quilibre&#8230; et dans la boue, elle s'&#233;croule lourdement. Ma foi bel et bien tr&#233;pass&#233;e&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je suis mal&#8230; Je suis vraiment dans une mouise noire. Deux b&#234;tes disparues dans la m&#234;me journ&#233;e, dont une qui pour s&#251;r est morte ! Je crois que je vais prendre mes jambes &#224; mon cou et d&#233;guerpir loin, tr&#232;s loin d'ici, au Mexique t&#233; ! Il y fait chaud, on y boit des margaritas et il y a plein de se&#241;oritas&#8230; Je n'ai plus qu'&#224; prendre une bonne mappe monde et &#224; regarder o&#249; ce paradis se situe exactement !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Non&#8230; Gardons les pieds sur terre&#8230; Il faut que j'assume, je n'y suis pour rien, je n'ai fait que d&#233;couvrir le corps&#8230; J'oublie pour l'instant le premier des deux myst&#232;res et je vais aviser Monsieur Bourru de la mort de Brigitte&#8230; Son moment &#233;tait assur&#233;ment venu, oui, je ne vois pas en quoi cela me concerne, je n'ai rien &#224; me reprocher, je m'en suis toujours tr&#232;s bien occup&#233;, aussi bien que tous les autres membres du troupeau&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ouf&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il ne faut pas pour autant que j'oublie de respirer&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Reprends ton calme et n'oublie pas ton souffle&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Hey gamin ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ? T'as une b&#234;te malade ? &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tiens ! C'est vrai que je suis aux limites des terres des Bourrus. J'ai presque les pieds chez le Lucien !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; T'inqui&#232;te Lucien ! Tout vas bien ! C'est juste Brigitte qui nous fait son petit caprice !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;- D'accord gamin ! Alors passe une bonne fin d'apr&#232;s-midi ! Ha ! Ha ha ! Ha !... &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ouais&#8230; c'est pas gagn&#233;&#8230; Je fais un coucou d'au revoir au vieux Lulu et je me retourne vers la sc&#232;ne du drame.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#199;a batifole. Enfin, autant qu'un troupeau de yack peut batifoler... Et en dehors de Brigitte, le reste du groupe est visiblement en pleine forme&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bon. Je me jette &#224; l'eau - comme si je n'&#233;tais pas suffisamment humide - et je me dirige vers la ferme.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Splash Splash &#187; Fit la boue.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La cuisine est &#233;teinte, nulle trace de Madame. Elle a pourtant pour coutume de s'occuper de la vaisselle imm&#233;diatement apr&#232;s les repas...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et cet apr&#232;s-midi, l'&#233;vier d&#233;gorge de plats, d'assiettes, de couverts&#8230; le tout plong&#233; dans de l'eau vaporeuse&#8230; Le produit r&#233;curant renvers&#233;, et l'&#233;ponge, couverte de mousse, toute pr&#234;te &#224; &#234;tre utilis&#233;e, me donnent l'impression d'une activit&#233; m&#233;nag&#232;re coup&#233;e court.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un bruit m'interpelle&#8230; Une sorte de saccade rythm&#233;e, assortie de grincement, ponctu&#233;e de couinement, un bruit qui en ces lieux&#8230; m'appara&#238;t totalement in&#233;dit.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je me questionne un instant et&#8230; une sale image me revient en t&#234;te.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Celle du vieux couple de pervers en pleine copulation.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je fais un tour d'horizon.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un fin trait de lumi&#232;re s'&#233;tale au-dessous du rideau de la remise. Madame Bourru doit y &#234;tre, cela tombe parfaitement bien, elle est plus compr&#233;hensive et beaucoup moins bilieuse que son mari. &#199;a me servira de premi&#232;re approche, pour t&#226;ter le terrain.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je tire le pan de rideau.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Madame Bou&#8230; &#187; Varices et vergetures &#224; l'air, jupe aux chevilles, plis sur plis, bourrelets sur bourrelets. Son vieux croulant de mari dans son dos, occup&#233; &#224; lui faire son affaire. &#171; &#8230; DU CON ! Excusez-moi ! Je ne voulais pas !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;- Vain Dieu ! P'tit ! S'affola m'sieur. Satire !... Arr&#234;te donc de nous reluquer !... Et referme c'rideau ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je vais vomir&#8230; Je vais&#8230; vomir&#8230; La garbure panach&#233;e de gnole me parcoure la tuyauterie. Un peu de concentration&#8230; je retiens le m&#233;lange d&#233;tonnant &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je le retiens&#8230; je ne suis pas pr&#232;s de vomir, pas ici, pas maintenant.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et je pense&#8230; ne pas &#234;tre pr&#232;s, non plus, d'oublier cette sc&#232;ne horrifiante, marqu&#233;e au fer rouge de surprise, de g&#234;ne, de d&#233;go&#251;tantes remont&#233;s gastriques et d'abominables visions&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'est-ce que je fais &#224; pr&#233;sent ? Je suis bien avanc&#233;&#8230; Je reste l&#224; ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'en ai pas envie...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Cela va m'obliger &#224;&#8230; r&#233;fl&#233;chir.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'commence mes habituels cent pas.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les d&#233;cr&#233;pits s'en donnent &#224; c&#339;ur joie ! J'sais pas ce que les vioques ont pris, mais &#231;a fait son effet ! Et ils semblent acc&#233;l&#233;rer le mouvement !...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'arrive dans un coin de la pi&#232;ce. Je fais demi-tour.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ils piquent une pointe &#224; deux cents oscillations/minute et le parquet en craque, en grince, en crisse&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'arrive &#224; l'autre bout de la pi&#232;ce. Je fais demi-tour.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La vieille couine. Vas-y qu'elle jure&#8230; Vas-y qu'elle jure&#8230; Elle en veut !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Ho qu'la gaulle est costaude c'te jour ! Dis ! Ho ! Oui ! Tu n'as pas termin&#233; d'y aller l&#224; ?! Vas-y ! Mais vas-y ! Remets-l&#224; moi ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je n'aurais jamais cru que les tripes de cette mamie - bonhomie incarn&#233;e - recelaient une telle dose d'obsc&#233;nit&#233;s !...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'en ai un frisson dans le bas du dos.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je m'arr&#234;te. Ils vont bien finir &#171; D'y aller l&#224; !... &#187; &#224; un moment ou &#224; un autre !... Je vais pas retourner dehors et fuir ! ce serait ridicule&#8230; Non, je prends mon mal en patience&#8230; et j'attends.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Punaise&#8230; Le plancher en vibre ! Dingue ! On dirait un tremblement de terre&#8230; Si je ne savais pas ce qu'il se tramait exactement dans ce cellier - antre de perversion&#8230; je suis persuad&#233; que je prendrais &#231;a pour un s&#233;isme - ho ! arr&#234;te de te rem&#233;morer cette sc&#232;ne d'&#233;pouvante ! c'est vraiment trop crade ! ou alors&#8230; ou alors je pourrais me dire qu'il s'agit d'une charge de yacks&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Oui. Tout bien r&#233;fl&#233;chi&#8230; &#231;a ressemble &#224; si m&#233;prendre &#224; une charge de yacks&#8230; Et le grondement, par ailleurs&#8230; s'amplifie.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je vais &#224; tout hasard jeter un coup d'&#339;il par la fen&#234;tre.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chap III</title>
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		<dc:creator>Blackout</dc:creator>



		<description>III La charge du yack : Le yack est un animal gr&#233;gaire. Il demeure placide et calme jusqu'&#224; ce qu'un &#233;v&#233;nement ext&#233;rieur &#224; sa propre volont&#233; vienne troubler sa qui&#233;tude. Une fois qu'un individu est perturb&#233;, il lance compulsivement un vent de panique suivi d'une course fr&#233;n&#233;tique au sein de son troupeau - groupe g&#233;n&#233;ralement de taille moyenne (quelques vingtaines d'individus). Bon&#8230; Ils n'&#233;taient peut-&#234;tre pas autant&#8230; mais rien que huit bestiaux, vous voyez, huit l&#233;g&#232;res tonnes de barbaque, galopant &#224; toute (...)

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&lt;a href="http://www.les-editions-black-out.com/-Les-Affreux-Dix-Yacks-.html" rel="directory"&gt;Les Affreux Dix Yacks&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&quot;spip_poesie&quot;&gt;
&lt;div&gt;III&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&lt;strong&gt;La charge du yack :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le yack est un animal gr&#233;gaire. Il demeure placide et calme jusqu'&#224; ce qu'un &#233;v&#233;nement ext&#233;rieur &#224; sa propre volont&#233; vienne troubler sa qui&#233;tude. Une fois qu'un individu est perturb&#233;, il lance compulsivement un vent de panique suivi d'une course fr&#233;n&#233;tique au sein de son troupeau - groupe g&#233;n&#233;ralement de taille moyenne (quelques vingtaines d'individus).&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bon&#8230; Ils n'&#233;taient peut-&#234;tre pas autant&#8230; mais rien que huit bestiaux, vous voyez, huit l&#233;g&#232;res tonnes de barbaque, galopant &#224; toute bringue pour fuir je ne sais quoi, qui - comme si cela ne suffisait pas - vous foncent droit dessus&#8230; M&#234;me s&#233;par&#233; de la horde par un mur de pierre de granit premi&#232;re qualit&#233;&#8230; &#231;a craint !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et les deux proprios qui s'en donnent &#224; c&#339;ur joie sans soup&#231;onner quoi que ce soit&#8230; &#231;a craint !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Estimation rapide : 200 m&#232;tres. Alors, &#224; environ 40 kilom&#232;tres-heure, &#231;a fait&#8230; heu&#8230; Attends voir&#8230; du 10 m&#232;tres/seconde, dans pr&#233;cis&#233;ment&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ils sont l&#224; !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tournez ! Ho ! les gars ! Tournez ! z'&#234;tes encore plus b&#234;te que vous ne paraissez ! Bande d'abrutis cong&#233;nitaux ! Tournez ! Vous ne voyez pas cette grosse bicoque biscornue qui ressemble &#224; une falaise ? juste devant vous ? Non ! z'&#234;tes trop cons !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je plonge et me planque sous la table en ch&#234;ne massif de la salle &#224; manger. Ratatin&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tout vibre. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le bourdonnement secoue les simples vitrages mal mastiqu&#233;s de la pi&#232;ce. M&#234;me le dallage du sol semble se desceller.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'en reviens pas !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;BROUMM !!&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je suis bien &#224; l'abri l&#224;. Je suis bien &#224; l'abri. Les vitres ont saut&#233; mais les murs ont tenu. C'&#233;tait vraiment de belles et de solides constructions qu'ils b&#226;tissaient &#224; l'&#233;poque, je n'ai jamais autant admir&#233; mes a&#239;euls b&#226;tisseurs, ils m'auront sauv&#233; la vie &#224; titre posthume&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ouais&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je vais mirer un chouia au dessus du plateau de la table&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#8230; &#8230; &#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bien&#8230; Seule une femelle maigrelette (556 kilos grand max) est arriv&#233;e &#224; fourrer sa grande gueule au travers d'une des fen&#234;tres de l'entr&#233;e. Ses cornes d&#233;mesur&#233;es se sont coinc&#233;es en trav' et la mis&#233;reuse lutte d&#233;sesp&#233;r&#233;ment pour&#8230; sortir ? Non. Heu&#8230; Elle lutte pour rentrer !... Dingue !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Meuuu !? Meuuu !?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La pauvre&#8230; Elle se demande ce qu'il lui arrive&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Meuuu !? Meuuu !?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Calme-toi, ne t'inqui&#232;te pas Gretta, je suis &#224; c&#244;t&#233; de toi, je vais te sortir de l&#224;&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Meuuu !? Meuuu !?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais arr&#234;te de pousser ainsi ! tu ne feras pas bouger le mur, tu sais, il suffirait que tu reprennes tes esprits et que tu taises ce meuglement pulsatif ! Tu dois t'apaiser, te concentrer un peu sur ta situation, ta posture.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Meuuu !? Meuuu !?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tu ne veux rien comprendre, c'est &#231;a ? T'es bien aussi t&#234;tue que toutes les femmes&#8230; &#224; mettre dans le m&#234;me panier !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Vain Dieu ! P'tit ! Mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ?! Tu peux m'expliquer ce que Gretta fout dans notre entr&#233;e ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;- Non, Monsieur Bourru, le troupeau s'est mis &#224; charger sans que je puisse y faire quoi que ce soit ! Je n'y suis pour rien ! J'&#233;tais ici ! dans la salle &#224; manger ! lorsque tout a commenc&#233; !...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;- Quoi ? Tu es rest&#233; l&#224; ?! Tu nous matais ! Salopiaud ! C'est &#231;a ! Tu te rin&#231;ais l'&#339;il au lieu de bosser ! Tu vas go&#251;ter de la mitraille, minot ! Attends que j'arrive &#224; lib&#233;rer Gretta ! Tu vas voir ce que tu vas voir !...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;- Ce que je vais prendre&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;- Quoi !... Fais pas le mariol !... Viens plut&#244;t m'aider ! Enfin non ! Elle est trop affol&#233;e, elle n'a pas l'air de vouloir stopper son man&#232;ge ! Vas me chercher le fusil anesth&#233;siant ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le fusil anesth&#233;siant&#8230; juste au dessus de la 22 long riffle, dans l'armoire&#8230; heu&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; C'est que je n'ai pas la cl&#233; de l'armoire !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;- Demande &#224; Mamie mon p'tit ! et presse-toi les miches ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Direction : la remise, d'o&#249; Madame Bourru n'est toujours pas sortie&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Madame Bourru ? C'est le p'tit ! Je peux rentrer ? je dois aller chercher le fusil anesth&#233;siant ? votre mari en a besoin pour r&#233;gler un l&#233;ger probl&#232;me ! Il me faut les cl&#233;s de l'armoire ! &#231;a urge ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Absence de r&#233;ponse.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Madame Bourru ? &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Toujours aucune r&#233;ponse.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je m'inqui&#232;te&#8230; M'entend-elle ? Je glisse mon avant-bras le long du rideau et le soul&#232;ve d&#233;licatement&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un bazar sans pr&#233;c&#233;dent r&#232;gne dans le r&#233;duit. Comme si une tornade venait de faire virevolter en tous sens les r&#233;serves de pommes de terre et autres l&#233;gumes, les bo&#238;tes de conserve, les pots de confiture&#8230; Il y a des gerbes de coulis de framboise &#233;tal&#233;es partout, du sol au plafond, sans omettre les murs, les meubles, le carrelage et le corps inerte de Madame Bourru.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le corps inerte de Madame Bourru !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Madame Bourru ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je me jette dessus. Elle est &#224; moiti&#233; nue. J'en fais abstraction. Tant bien que mal&#8230; Disons&#8230; que je d&#233;tourne le regard pour &#233;viter de faire de mauvaises rencontres. Je baisse le ch&#226;le qui recouvre la partie basse de son visage. Elle fait une abominable grimace, ses bajoues et ses pommettes sont froiss&#233;es de multiples fossettes, tortueuses, tourment&#233;es. Ses deux grosses l&#232;vres n'ont plus l'air de s'entendre et partent chacune de leur c&#244;t&#233;, comme tendues par des fils invisibles. De sa bouche suinte une sorte de mousse blanche parsem&#233;e de solides morceaux roses et&#8230; ovales&#8230; Et le peu rago&#251;tant m&#233;lange, goutte apr&#232;s goutte, vient rejoindre la bouillie de framboise sur le carrelage.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ho ! le bon milk-shake !...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je vais vomir&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Non, non. Pas le temps. Je dois prendre le pouls de la vioque.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je plonge mon duo index/majeur dans un recoin obscur et humide du vieux cou pliss&#233; de la patronne.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un battement&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un autre&#8230; C'est pas mal&#8230; au moins, son c&#339;ur palpite encore&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Heu&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Attends voir&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Non&#8230; Doux J&#233;sus, non&#8230; Sa pompe &#224; cholest&#233;rol vient de s'arr&#234;ter de trimer&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Souvenons-nous, souvenons-nous, souvenons-nous&#8230; du stage de premiers secours. Le stage de premiers secours&#8230; Mais&#8230; &#231;a fait dix ans d&#233;j&#224; ! il n'aurait pas pu me servir avant ! ce putain de stage !...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;C'&#233;tait&#8230; lors de ma deuxi&#232;me&#8230; heu&#8230; si ce n'est de ma troisi&#232;me seconde. En plus&#8230; je m'y &#233;tais inscrit&#8230; Ouais, je m'y &#233;tais inscrit dans l'unique but de faire plaisir &#224; ma petite amie de l'&#233;poque, pour qu'elle m'accorde enfin ! ses faveurs. Le plan avait bien fonctionn&#233;&#8230; Ang&#232;le&#8230; Ouais. Ang&#232;le&#8230; je m'en souviens comme si c'&#233;tait hier&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Elle avait une de ses paires de sboubs !... On ne voyait que &#199;A !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D'ailleurs&#8230; Je crois que de l'ensemble du stage de premiers secours&#8230; je n'ai retenu que l'image hautement &#233;rotique d'un d&#233;collet&#233; &#233;chancr&#233; &#224; l'abus.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ha ! La garce !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Comment je fais moi maintenant ? Hein ? Comment je fais ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Ho les jeunes ! Regardez tous, et concentrez-vous un instant, je vais &#224; pr&#233;sent vous montrer comment proc&#233;der &#224; un bouche-&#224;-bouche lors de la r&#233;animation d'une personne ayant succomb&#233; &#224; un malaise cardio-vasculaire. Une op&#233;ration, qui, pour &#234;tre efficace, doit imp&#233;rativement s'assortir d'&#8230; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D'une grosse paire de seins !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Merde !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Attends, attends&#8230; &#231;a va me revenir&#8230; le bouche-&#224;-bouche doit s'assortir d'un&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Putain, d'un&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D'un massage des seins ! c'est &#231;a ! d'un massage cardiaque !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Alors&#8230; &#171; Ne faites rien, Madame. Dis-je, connement. Je vais vous mettre dans la position qu'il faut. Vous tourner sur le dos&#8230; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Elle est t&#233;tanis&#233;e &#224; l'int&#233;rieur et flasque &#224; l'ext&#233;rieur, une barre &#224; mine plong&#233;e dans une poche &#224; liposuccion pleine &#224; en craquer.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je fais rouler le sac de graisse. Et &#224; pr&#233;sent&#8230; &#233;tal&#233;e comme &#231;a&#8230; la m&#232;re Bourru ressemble comme deux gouttes d'huile &#224;&#8230; &#224; une &#233;toile de mer ob&#232;se et mollassonne.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bref. J'essuie, avec le col de sa robe, le bouillon de bave s'&#233;coulant sur le boudin&#233; de sa joue et je me pr&#233;pare &#224; lui presser le torse avec &#233;nergie. Un coup, deux coups&#8230; allez, trois coups. Je m'approche de son visage pour lui insuffler une premi&#232;re bouff&#233;e d'air, mais&#8230; la bave est de retour, elle jaillit du fond de gorge et moi, je ne supporte pas la bave, surtout celle du fond de gorge, elle est &#233;paisse, p&#226;teuse&#8230; Deux spasmes stomacaux plus tard, je ressuie le clapet de ma grosse loche de patronne avant de reprendre la man&#339;uvre depuis le d&#233;but.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un coup, deux, trois&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je m'approche du visage et&#8230; Merde ! encore cette saloperie de bave ! C'est pas possible, tu pousses, &#231;a mousse, c'est ignoble ! Comment je fais moi maintenant ? Hein ? Comment je fais ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il me faut un tube. Ou un morceau de tuyau. Ou un bout de conduit. Ou&#8230; le support cartonn&#233; d'un rouleau de PQ&#8230; ou de sopalin !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Du sopalin !...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'attrape le rouleau qui tra&#238;ne au beau milieu de la pi&#232;ce. Je le lance en l'air afin de d&#233;rouler la petite douzaine de feuilles restantes et je choppe, &#224; sa redescente et au vol, le tube de carton.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'ouvre grand la bouche de la Bourru et&#8230; je m'aper&#231;ois qu'elle est - en fait - en train de se goinfrer de sa grosse langue. C'est immonde !... Et pour le coup, je ne sais plus du tout comment m'y prendre&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Monsieur Bourru ! Cris-je, &#224; l'aide. Monsieur Bourru ! Votre femme fait un malaise ! Monsieur Bourru ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Merde ! Mais qu'est-ce qu'ils ont tous aujourd'hui ? Ils ont d&#233;cid&#233; d'un commun accord de m'emmerder et de ne plus r&#233;pondre &#224; mes appels ?...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je me rel&#232;ve. Je sors du r&#233;duit. Et je tombe nez &#224; nez avec&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chap IV</title>
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		<dc:date>2009-03-15T12:14:57Z</dc:date>
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		<description>IV Les cornes du yack : Chez le yack, les cornes sont lat&#233;rales, recourb&#233;es, effil&#233;es, et mesurent de 65 &#224; 102 centim&#232;tres chacune, pour un &#233;cartement pouvant atteindre 95 centim&#232;tres. Elles sont souvent utilis&#233;es pour fabriquer diverses pi&#232;ces d'art sculptural, de type statuettes ou manches grav&#233;s pour couteaux et outils d'utilisation courante. Bon, aucun respect pour la tradition tib&#233;taine le vieux Bourru. Il ne s'&#233;tait pas - au sens strict du terme - fait emmanch&#233;&#8230; Cela dit, ce qui venait de lui (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&quot;spip_poesie&quot;&gt;
&lt;div&gt;IV&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&lt;strong&gt;Les cornes du yack :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Chez le yack, les cornes sont lat&#233;rales, recourb&#233;es, effil&#233;es, et mesurent de 65 &#224; 102 centim&#232;tres chacune, pour un &#233;cartement pouvant atteindre 95 centim&#232;tres. Elles sont souvent utilis&#233;es pour fabriquer diverses pi&#232;ces d'art sculptural, de type statuettes ou manches grav&#233;s pour couteaux et outils d'utilisation courante.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bon, aucun respect pour la tradition tib&#233;taine le vieux Bourru. Il ne s'&#233;tait pas - au sens strict du terme - fait emmanch&#233;&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Cela dit, ce qui venait de lui arriver devait &#234;tre relativement plus douloureux : sous le feu de l'action, une des ba&#239;onnettes d'ivoire de Greta avait travers&#233; de part en part son torse rachitique et quelques unes de ses c&#244;tes l'avaient d&#233;sert&#233; en bonne compagnie de leur sternum.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il &#233;tait plant&#233; l&#224;, fixant le plafond, les bras ballants.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De larges gicl&#233;es de sang avaient repeint l'entr&#233;e, et un petit geyser pourpre continuait &#224; s'&#233;chapper de la plaie.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Outre cette l&#233;g&#232;re fuite de sang&#8230; Le tableau&#8230; Le tableau &#233;tait plut&#244;t statique, comme il se doit.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La Greta elle, elle ne bougeait plus, la gueule ouverte, la langue pendante et les yeux exorbit&#233;s d'inexpressivit&#233;&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Comme vous pouvez vous en douter, la carcasse &#233;ventr&#233;e du patron ne s'agitait pas des masses non plus&#8230; seules une ou deux convulsions soudaines et fugitives me donn&#232;rent une certaine impression de&#8230; vie ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Impression malheureusement tout &#224; fait erron&#233;e&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Heu&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je crois&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'il faut que je m'asseye un instant...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je pose mes fesses sur le dallage glacial de l'entr&#233;e, entre deux flaques de sang, et me fous en tailleur, la t&#234;te entre les mains, le regard fig&#233; sur le sol.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Disons que&#8230; je me donne une minute pour r&#233;fl&#233;chir.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ho !... Jolie petite fourmi ! Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu t'es perdue ? C'est &#231;a ? Hein ? Tes amies t'ont abandonn&#233;e ?...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ho&#8230; c'est triste&#8230; Mais&#8230; Mais o&#249; vas-tu comme &#231;a ?...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Non ! Pas par l&#224; ! Tu vas te noyer dans la rivi&#232;re de sang !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quoi ? Heu&#8230; Mais c'est tout r&#233;fl&#233;chi : j'appelle les flics, les pompiers, le SAMU, la garde nationale, la croix rouge, m&#233;decin sans fronti&#232;re, le v&#233;t&#233;rinaire ?...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bref. Je me rel&#232;ve et je choppe le t&#233;l&#233;phone.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'approche le combin&#233; de mon oreille&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aucune tonalit&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je tapote sur les touches du clavier.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aucune tonalit&#233; !?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aucune&#8230; tonalit&#233;&#8230; &#231;a commence vraiment &#224; &#234;tre bizarre&#8230; non pas que la disparition du plus beau bestiau de l'&#233;levage, suivi de la mort d'une femelle yack dans la fleur de l'&#226;ge, d'une charge inexpliqu&#233;e du troupeau, des d&#233;c&#232;s cons&#233;cutifs de Greta, de Madame et de Monsieur Bourru - le tout couvert d'une coupure t&#233;l&#233;phonique - ne me paraissent &#233;tranges&#8230; mais tout de m&#234;me&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tout cela me met dans une situation comme qui dirait d&#233;licate. Et le mot est visiblement un peu faible...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Doux euph&#233;misme&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Attends voir&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le vieux Lucien&#8230; il m'a l&#226;ch&#233; son pick-up ! Une chance !...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ouais&#8230; Je vais d&#233;placer les corps, les charger dans le coffre, et les emmener jusqu'&#224; l'hosto. Au moins, on ne pourra pas m'accuser de non-assistance &#224; personne en danger. Enfin&#8230; &#224; personne d&#233;j&#224; crev&#233;e&#8230; mais, peu importe.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les cl&#233;s ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Dans ma poche.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je vais commencer par Monsieur.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tout doucement&#8230; je fais le tour de la nature morte. Je titille un peu les naseaux de Greta, question de v&#233;rifier si elle a bien rendu l'&#226;me, et je constate qu'elle ne respire plus, et que d'ailleurs&#8230; elle ne bouge plus non plus. Je d&#233;cide alors de m'attaquer &#224; la cueillette du fruit fl&#233;tri, trop rest&#233; suspendu &#224; sa branche. Une chose est certaine : il est m&#251;r et bien juteux.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je place mes mains sous ses aisselles, je me concentre pour g&#233;rer le d&#233;crochage sans trop d'accroc et&#8230; je pousse.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;C'est qu'il est lourd le vioque !... Mais qu'est-ce que je raconte moi ? Si je commence &#224; me plaindre du poids plume de cet anorexique, je te raconte pas les lamentations avec la m&#232;re et son ob&#233;sit&#233; cadav&#233;rique...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je continu de pousser... Et, accompagn&#233; d'un fun&#232;bre requiem de craquements, je parviens &#224; envoyer bouler Monsieur brindille sanguinolente &#224; quelques pas de mes pieds.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Une bonne chose de faite.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il est maintenant allong&#233; sur le dos, sorte d'&#238;lot volcanique flottant dans sa lave&#8230; et sa femme serait donc&#8230; une sorte de limace nageant dans sa bave&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bref. Greta peut rester fich&#233;e l&#224; o&#249; elle est, elle donnera ainsi aux forces de l'ordre un aper&#231;u de la folie furieuse de ma journ&#233;e...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je choppe une des mains du vieux et je le tra&#238;ne vers l'ancienne entr&#233;e de service (datant de l'&#233;poque o&#249; la ferme &#233;tait encore une auberge, l'&#233;poque juste avant l'autoroute A20 et ses aires de repos multiservices, vous remettez ?). Cet acc&#232;s est abordable en voiture.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je m'occupe de la Grosse ? ou&#8230; je rapproche le quatre-quatre ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La Grosse. Je me d&#233;barrasse prioritairement du plus compliqu&#233; : faire passer un tour de hanche version sumotori par une ouverture de r&#233;duit, r&#233;duite.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je soul&#232;ve le rideau. Un gang de mouche &#224; merde s'est d&#233;j&#224; invit&#233; au buffet. Je tape du bout de la botte sur le cadavre, &#231;a ne les d&#233;range pas. Je tape une nouvelle fois. &#199;a ne les d&#233;range toujours pas.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'&#224; cela ne tienne. J'oriente le corps de fa&#231;on &#224; aligner ses &#233;paules avec le cadre de la porte. Chose r&#233;alis&#233;e, je regroupe ses jambonneaux de bras en croix sur sa couenne de poitrine.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Si j'avais du fil &#224; r&#244;ti, je la ligoterais.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mon Dieu&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je la regarde &#233;tal&#233;e de tout son long et de tout son large et&#8230; je me rends compte&#8230; qu'aucune &#233;motion ne na&#238;t en moi&#8230; pas m&#234;me un soup&#231;on de d&#233;go&#251;t.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je la ligoterais bien.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un gros r&#244;ti&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pas le temps. Je passe par-dessus le talus. Je regroupe ses cheveux en trois &#233;paisses m&#232;ches. Je les dispose dans son prolongement. Et je les tresse - en respectant toutes les consignes d&#233;livr&#233;es par ma soeurette lorsque je m'occupais de sa coiffure il y a une bonne quinzaine d'ann&#233;es d&#233;j&#224;... Avec une dext&#233;rit&#233; ! Je vous raconte pas !...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Voil&#224;. Je ne me suis pas foir&#233;, la tresse est r&#233;ussie. Epaisse et r&#233;ussie. Elle r&#233;sistera tr&#232;s certainement &#224; la traction. Essayons. Je l'entoure fermement autour de mon bras et je tire !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Hooop !... hisss !...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ouais&#8230; J'ai beau tirer de toutes mes forces&#8230; heu&#8230; la tresse tient la route mais le tas de saindoux lui, rechigne &#224; la prendre, la route&#8230; Je n'ai pu le d&#233;placer que de quelques centim&#232;tres...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Merde !... Je vais devoir faire preuve d'intelligence&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Faire preuve d'intelligence&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D'intelligence&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;B&#233;&#8230; Je vais faire rouler le tas sur des rondins de bois comme un monolithe moai ! Il me faut simplement regrouper les b&#251;ches rescap&#233;es du feu de chemin&#233;e de ce midi.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Heu&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ai-je suffisamment r&#233;fl&#233;chi ?...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#8230; &#8230; &#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Heu&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;OUI.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je me rends dans la salle &#224; manger et je fais mon march&#233; dans le stock de b&#251;ches, pr&#232;s du foyer encore fumant. Bien s&#251;r&#8230; je choisis les plus rondes et les plus r&#233;guli&#232;res&#8230; cinq devraient suffire, je les entasse sur mes bras. Je retourne dans le cellier et je bazarde le tout par terre.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je bascule bon gr&#233; mal gr&#233; l'amas de g&#233;latine et je glisse le premier rondin au niveau de sa nuque, le deuxi&#232;me &#224; hauteur de poitrine, le troisi&#232;me sous ses hanches, le quatri&#232;me sous ses genoux et le cinqui&#232;me, je le garde pour remplacer le premier, le moment venu.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je retourne m'enrouler la natte autour du bras, et je tente &#224; nouveau de remorquer le poids&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Allez&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Oui ! &#199;a bouge ! &#199;a bouge !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Impeccable !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je proc&#232;de&#8230; Le remplacement des b&#251;ches s'effectue quasiment tout seul, comme si j'avais fait &#231;a toute ma vie...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Deux minutes plus tard, la gel&#233;e rose &#224; l'anglaise avait rejoint son saucisson sec &#224; la fran&#231;aise, tous deux parall&#232;les et face &#224; l'entr&#233;e de service.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et c'est au tour du pick-up. Cela devrait &#234;tre moins probl&#233;matique.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'ouvre la porte, il flotte toujours autant, la pluie est oblique, puissante, elle ravine la terre, le chemin menant aux granges n'est plus qu'une large rigole boueuse aux airs de torrent.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je replace ma capuche en son lieu d'int&#233;r&#234;t. Mes doigts couverts de sang m'interpellent. Du regard, je remonte un peu vers les paumes de mes mains&#8230; Elles sont tout aussi couvertes de sang. Je poursuis le cheminement oculaire, mes manches, mes &#233;paules, et en fait, je m'aper&#231;ois que toute ma parka est macul&#233;e. Je m'en suis foutu partout&#8230; Et c'est en train de d&#233;gouliner sur mes cuissardes.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Si tout &#224; l'heure j'avais un vague air de tueur psychopathe, maintenant&#8230; pour un &#339;il ext&#233;rieur, cela ne devrait plus faire l'ombre d'un doute.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bon. Un coup d'eau et plus rien n'y para&#238;tra.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je sors.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'avance vite. L'eau s'insinue de toutes parts. L'imperm&#233;abilit&#233; de ce type de tenue est toute relative&#8230; Je m'en pr&#233;occupe un instant puis&#8230; j'oublie, car qu'il pleuve, qu'il vente, et m&#234;me qu'il neige en plein &#233;t&#233;, j'ai franchement autre chose &#224; penser.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je rejoins la grange au toit trou&#233;, celle devant laquelle j'ai laiss&#233; le pick-up il y a, &#224; peine ! deux heures...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mon Dieu&#8230; Il s'en est pass&#233; des choses en deux heures ! &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je presse le pas. Et&#8230; j'ai soudainement l'&#233;trange impression d'&#234;tre suivi&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je me retourne.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chap V</title>
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		<dc:date>2009-03-15T12:13:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<description>V Le yack volant : Le Yack volant est un gros ruminant comme son cousin terrien. Il poss&#232;de simplement deux membres suppl&#233;mentaires, une large paire d'ailes jaillissant de part et d'autre de son corps, au niveau de ses omoplates. Issu d'une mutation post-natale, il n'est ni plus b&#234;te, ni plus intelligent qu'un yack classique - autant dire qu'il est compl&#232;tement con lui aussi&#8230; Et son vol est &#224; des lieux d'&#234;tre majestueux&#8230; Il serait m&#234;me plut&#244;t h&#233;sitant et maladroit. Son poids en &#233;tant la principale cause. (...)

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&lt;a href="http://www.les-editions-black-out.com/-Les-Affreux-Dix-Yacks-.html" rel="directory"&gt;Les Affreux Dix Yacks&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&quot;spip_poesie&quot;&gt;
&lt;div&gt;V&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&lt;strong&gt;Le yack volant :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le Yack volant est un gros ruminant comme son cousin terrien. Il poss&#232;de simplement deux membres suppl&#233;mentaires, une large paire d'ailes jaillissant de part et d'autre de son corps, au niveau de ses omoplates. Issu d'une mutation post-natale, il n'est ni plus b&#234;te, ni plus intelligent qu'un yack classique - autant dire qu'il est compl&#232;tement con lui aussi&#8230; Et son vol est &#224; des lieux d'&#234;tre majestueux&#8230; Il serait m&#234;me plut&#244;t h&#233;sitant et maladroit. Son poids en &#233;tant la principale cause.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il vole tr&#232;s bas car il est sujet &#224; des crises de vertige et sa vue n'a rien de celle d'un oiseau. Myope, hyperm&#233;trope et astigmate, il ne voit pas plus loin que le bout de son nez. Et plus pr&#232;s, c'est flou.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Toutefois, il n'en reste pas moins paisible et tout aussi facilement surpris qu'un yack des p&#226;tures.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je sens tout &#224; coup un grand courant d'air. Une bourrasque presque assez puissante pour me foutre &#224; terre. Je l&#232;ve les yeux, la monstruosit&#233; de tout &#224; l'heure est de retour. Mais cette fois, je peux constater de mes yeux &#233;bahis la nature pr&#233;cise de la chose...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Saint Thomas lui-m&#234;me n'en serait pas revenu.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il s'agit l&#224; de Sacha. Sa toison couverte de boue et l'&#233;cume aux l&#232;vres, il me survole &#224; tire d'aile. Ce grand ben&#234;t est all&#233; batifoler dans la merde - aucun cas pour le boulot des autres. Deux grandes excroissances couvertes de plumes et de poils ont pouss&#233; sur ses flancs. Comment ? Bonne question. Pourquoi ? Bonne question. Il s'&#233;loigne de moi, fait demi-tour, revient vers moi mais&#8230; il vole bas, tr&#232;s bas, alourdi par un amas de&#8230; un amas de c&#226;bles ! Je crains fort que ce soit ce pauvre bestiau qui ait arrach&#233; toutes les lignes t&#233;l&#233;phoniques en allant si enchev&#234;trer dedans...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mal assur&#233;, il bat des ailes en ma direction, plus &#233;tonn&#233; qu'agressif&#8230; et je crois qu'il veut tenter un atterrissage. Pour venir me voir. Qu'il est gentil&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'm'en serais bien pass&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Oui. Il est en pleine approche, ses quatre sabots en avant et&#8230; et son gros membre copulatoire ! - pour rester poli - tout rigide et tendu, tout droit dress&#233; vers moi !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Dingue ! La taille de cet engin ! Non pas qu'il me soit jamais arriv&#233; de voir triquer le gros Sacha, loin de l&#224;&#8230; J'y ai m&#234;me &#233;t&#233; oblig&#233; par les petites lignes illisibles au bas de mon contrat&#8230; (Il faut dire aussi que&#8230; c'est un des seuls reproducteurs du pays). Mais l&#224; ! &#199;a d&#233;passe l'entendement ! &#199;a d&#233;passe tout ce que l'on peut s'imaginer ! C'est sans pr&#233;c&#233;dent !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il va peut-&#234;tre falloir que je m'&#233;carte de sa trajectoire&#8230; &#201;viter de rester l&#224;, statufi&#233; et bouche b&#233;e...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ouais&#8230; Je me d&#233;cale.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais&#8230; mon pied ripe dans une flaque de boue, je bascule en avant, je me mets &#224; courir dans le vide, trois, quatre grandes enjamb&#233;es inutiles, je patine sur place jusqu'&#224;&#8230; jusqu'&#224; &#233;puisement et je finis par me gaufrer lamentablement. La tronche &#224; l'exact centre de la flaque de boue rendue bien p&#226;teuse par mes soins&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un &#339;il encore alerte, j'entrevois Sacha occup&#233; &#224; amerdir. Lui aussi patine dans la bouillasse, son inertie est telle qu'il va bien lui falloir vingt m&#232;tres pour s'arr&#234;ter. Vingt m&#232;tres&#8230; Oui, vingt m&#232;tres, il va se prendre le mur de la ferme.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tout en p&#233;dalant, il parvient quand m&#234;me &#224; se retourner pour me regarder, et dans son pauvre regard monocorde, je n'arrive pas &#224; distinguer la fiert&#233; de l'ahurissement.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il d&#233;rape, il d&#233;rape, maintenant &#224; reculons, de plus en plus lentement, et aboutit tout en douceur en glissant une partie de son gros s&#233;ant dans la porte de service rest&#233;e entrouverte.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il se d&#233;gage en deux temps trois mouvements, se remet &#224; courir vers moi ; je m'inqui&#232;te un moment, mais arriv&#233; tout juste devant mon nez, il dresse ses ailes, d&#233;colle, claque deux fois des battantes, n'arrive pas &#224; prendre d'altitude, fonce sur une ligne &#233;lectrique, ne la voit pas - et du coup, ne fr&#234;ne pas - se prend les c&#226;bles, s'entortille, bousille tout, arrache les piliers, et dans un &#233;clair &#233;lectrique, se fige, paralys&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il sursaute. Se tortille. Puis plus rien.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et merde ! Ce con de Sacha est all&#233; lui aussi s'auto-d&#233;zingu&#233; !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tout fout le camp !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je me rel&#232;ve et je cours vers lui. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-&#234;tre ai-je la na&#239;ve intention de lui porter secours&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Arriv&#233; sous la masse p&#233;trifi&#233;e, pastiche de postiche pendue par une aile et une corne &#224; quelques trente centim&#232;tres du sol&#8230; je m'arr&#234;te et percute : si le monstre me faisant face est mort &#233;lectrocut&#233;&#8230; je crains fort pour ma vie &#224; l'endroit o&#249; je me trouve&#8230; Je d&#233;rape donc &#224; nouveau, et je retourne, aussi vite que je suis venu, l&#224; o&#249; j'&#233;tais.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Finalement, je suis plut&#244;t bien l&#224; o&#249; je suis.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tout &#224; coup, un nouvel et non moindre &#233;clair quitte le sol et percute le flanc de Sacha. Lui donnant ma foi&#8230; un tout autre visage... Les pattes, les ailes, et m&#234;me les deux cent mille plumes de ses ailes, toutes dress&#233;es comme celles d'un ange minotaure, le corps baign&#233; d'une toison de flammes, Sacha avait l'air &#224; pr&#233;sent d'un supp&#244;t de Satan, en pleine repr&#233;sentation, ou de Satan lui-m&#234;me. Ouais&#8230; Je le vois bien comme &#231;a Satan. Abruti, sans &#233;motion, et puissant, oui, tout puissant&#8230; l'espace d'une &#233;tincelle&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La pluie ne semble avoir aucun effet sur le feu de Bengale. Un grand nuage de fum&#233;e s'est form&#233; au dessus du brasier, la carcasse commence &#224; suppurer un suc graisseux qui d&#233;gouline&#8230; Une cascade de gras sur une montagne de barbaque, un m&#233;choui sous la pluie.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;PANG !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Grosse douleur, indescriptible. Je tombe &#224; terre, enfin&#8230; &#224; pataugeoire pleine de boue. Et en passant, mon regard s'arr&#234;te sur ma main gauche :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; A&#239;e ma main ! Putain de saloperie de sa race de merde ! Ma main ! On m'a tir&#233; dans la main ! Qui est le foutu con ! qui m'a tir&#233; dans la main ?! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;PANG !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Ho ! Mais non ! Mais arr&#234;tez ! Celle-l&#224; m'a fr&#244;l&#233; le pied ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;PANG !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Mais vous voulez me tuer ? &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;PANG !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; C'est &#231;a ! Vous voulez me tuer ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je me rel&#232;ve. Et fonce me r&#233;fugier dans la baraque.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vous croyez qu'on a essay&#233; de me tuer ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Suis-je con, non, vous n'en savez rien&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je claque la porte. Me pose sur la premi&#232;re chose venue. Madame Bourru. Et m'enserre le poignet gauche :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Ho merde, ma main ! Ha&#8230; Je pisse le sang, bordel de merde&#8230; Je pisse le&#8230; J'ai la t&#234;te qui&#8230; Je vais faire un&#8230; malaise.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#8230; &#8230; &#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Houa ! La chute de tension ! J'ai ferm&#233; les yeux l&#224;&#8230; Oui, je les ai ferm&#233;s. Mais combien de temps !? &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;BROMM !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Quelqu'un est &#224; la porte ! Je me suis endormi ! Attends&#8230; Quelqu'un est &#224; la porte&#8230; Le dingue qui a essay&#233; de me tuer ! Il est &#224; la porte ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'attrape les cl&#233;s de l'armoire &#224; flingue et les arrache de la ceinture de Madame, quitte mon pouf de graisse et saute vers le meuble contenant la 22 long riffle. Je l'ouvre, choppe le fusil, une bo&#238;te de cartouches, et bascule l'armoire en avant. Elle est massive et se remet d'aplomb. Je r&#233;it&#232;re, bringuebale le tout d'avant en arri&#232;re jusqu'au d&#233;s&#233;quilibre.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;BROMM !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et je me r&#233;fugie derri&#232;re. Allong&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Ouais ! Ouais ! Je suis &#224; la porte ! Gamin ! Et tu vas me l'ouvrir cette porte Gamin ! Sinon, boudiou, Gamin ! Je la fais sauter cette porte ! Allez ! T'as trois secondes Gamin ! Un&#8230; Deux&#8230; Deux et demi&#8230; Deux trois quart ! Ho ! tu fais chier Gamin ! je vais devoir gaspiller une cartouche ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;POUM !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Putain - putain je dis trop putain, toutes les dix phrases, en moyenne - il a d&#233;fonc&#233; la porte ! Elle est rest&#233;e ferm&#233;e, le verrou &#224; tenu, putain, ils &#233;taient solides les verrous &#224; l'&#233;poque ! - putain, j'ai encore dit verrou&#8230; le centre a &#233;clat&#233;, reste la poign&#233;e, &#224; ras de cadre, une partie haute, une partie basse, intactes.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il passe le canon de son fusil, lentement, mais vraiment lentement, un bon moment&#8230; un&#8230; bon&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Non. L&#224;, il abuse. Il prend vraiment trop son temps. Qu'est-ce qu'il est lent... J'en profite pour charger mon arme. Canon d&#233;bo&#238;t&#233;, cartouches enfonc&#233;es, canon r&#233;enclench&#233;, approvisionn&#233;, charg&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; H&#233; h&#233; ! Gamin ! Me voil&#224; ! J'arrive ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Non&#8230; Je l'aurais pas cru&#8230; T'es super discret&#8230; et subtil&#8230; Un finaud de ta trempe doit certainement avoir une excellente raison pour venir m'assassiner sur mon lieu de travail. Non. C'est vrai. Je suis curieux de savoir ce que j'ai bien pu te faire pour m&#233;riter &#231;a ! pour m&#233;riter la peine capitale ! sans jugement pr&#233;alable !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; H&#233; Gamin ! Tu veux que j'te dise kekchoz' ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Oui, je vais r&#233;pondre et me faire rep&#233;rer. Finaud.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Bon, b&#233; j'vais teul'dire quand m&#234;m'Gamin : j't'aime p&#244; ! mais p&#244; du tout. Tu sais qui j'suis ? &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ouais, super difficile &#224; d&#233;couvrir&#8230; D&#233;j&#224;, c'est ni Madame, ni Monsieur Bourru, tous les deux morts, bon, on aurait pu croire &#224; une nouvelle transformation du yack volant, en paysans &#224; fusil, mais lui aussi est mort. Ce ne peut donc &#234;tre que&#8230; ouais, que le dernier personnage ayant fait deux apparitions &#233;clairs dans l'histoire, je sais plus quand - attendez je regarde&#8230; Au 1er et 2&#232;me chapitre.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quelle page ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vous ne seriez pas un peu trop exigent ? vous ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bref. Lucien, le rustre d&#233;bonnaire.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Lucien ! Je t'ai reconnu, je vais sortir, mais je t'en conjure, essaie de m'expliquer la situation avant de tirer, j'aimerais savoir pourquoi tu m'en veux tellement&#8230; et&#8230; et regarde autour de toi !... Tu n'es pas &#233;tonn&#233; de voir tes voisins raides morts ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;- Ouais, ouais Gamin, j'vais t'expliquer, pour l'instant, sors de ta cachette ! Allez Gamin ! sors de derri&#232;re cette armoire, avec les mains bien en &#233;vidence ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Merde, il m'a rep&#233;r&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Et, ha ha ! HA !! en ce qui concerne tes employeurs, je ne suis p&#244; &#233;tonn&#233; pour la simple et bonne raison que je les ai empoisonn&#233;s, tous les deux, avec des pilules contre l'impuissance assorties d'un concentr&#233; d'arsenic &#224; dissolution lente, fut&#233; le vieux poivrot, non ? J'vais te dire Gamin, je ne pouvais plus les blairer ces deux pr&#233;tentieux, avec leur troupeau de puanteurs ambulantes, ils &#233;taient sur terre pour me d&#233;montrer mon insignifiance, et ton ! insignifiance&#8230; Ils ont directement &#233;t&#233; envoy&#233;s par Belz&#233;buth des entrailles de l'enfer pour m'infliger des souffrances insoutenables ! Le feu nous entoure ! Le feu est partout ! Je suis Dieu ! Et je devais accomplir mon destin sans entrave ! Le feu est partout ! Il nous entoure ! Et leur pr&#233;sence m'insupportait ! Leur pr&#233;sence ! Insupportable !... Et d'ailleurs ! je ne te supporte plus non plus ! tu retardes toi aussi la bon d&#233;roulement de mon dessein de conqu&#234;te de l'univers ! Je suis Dieu ! et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour &#231;a ! que tu vas aller les rejoindre tes cr&#233;tins de patrons ! dans l'autre monde ! en enfer ! Gamin ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;- Et pour Sacha ? &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;- Sacha ? Sacha ? Sacha, sais p&#244;&#8230; Encore un de ces encul&#233;s de supp&#244;ts de Satan !... Sont partout. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;- Ha&#8230; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D&#201;SOL&#201;&#8230;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pascal Forbes&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Black-out tous droits r&#233;serv&#233;s&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
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