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À l’américaine, ou comment s’est écrit : le cœur sur la main Extrait |
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Grossière erreur
El Nabo, chef du Gang des « Pistoleros Floros » ou « P.F. », Chicanos de Los Angeles, s’éveillait complet. Il se prélassait voluptueusement - en caleçon Boss - dans son waterbed blanc à baldaquin blanc entre deux putes mexicaines de luxe. Deux gazelles à deux mille dollars de l’heure. Et donc par la force des choses beaucoup plus voluptueuses que leur locataire… Les loches à l’air, les deux garces s’amusaient à effleurer de leurs mamelons dressés toute l’anatomie sèche, baraquée, gonflée - ou tuméfiée - du petit chef de gang, toute la surface de sa peau peinturlurée de tatouages et marquée des galons de son Organisation. Ça, depuis un front dégarni, jusqu’à une plante de pied plat, en passant par tous les intermédiaires bien sûr, des zones les plus érogènes à celles qui ne l’étaient pas vraiment (tel que le coude ou la cheville)... Et lui, le petit type tout-puissant, il se pavanait, s’extasiait ostensiblement sous les caresses effrénées de ses deux hôtesses à deux mille dollars de l’heure. Deux mille dollars de l’heure ! De chères et chaudes hôtesses… qui, pour encourager El Nabo à se laisser aller, gloussaient, ronronnaient, mugissaient d’une extase pastichée, comme le font les femmes qui ne prennent plus de plaisir au lit, c’est-à-dire faussement, mal joué, à contre-temps et parfois même à contre-emploi… Âcre simulacre… L’une des deux bombas latinas, ondulante, fluide, attrapa alors d’un geste fondu dans sa danse, à travers les rideaux blancs qui encerclaient le matelas et sur une des tables de chevet, deux bandeaux blancs confectionnés dans une étoffe légère, de la soie ou du satin - j’sais pas, j’ai pas décidé… Puis à l’aide d’un de ces morceaux de tissu elle enserra le poignet droit d’El Nabo, pour l’attacher plus haut, aux barreaux massifs de la tête de lit. Puis elle répéta cette séquence de mouvements, à l’identique, pour nouer le poignet opposé. El Nabo, immobilisé, les bras écartés, ne pouvait dorénavant plus lâcher du regard ces deux petits culs rebondis, fermes, qui se dandinaient, chaloupant suggestifs sous leur ficelle infinitésimale… et qui plus est, sous son nez ! (qui lui était de bonne taille, l’abus de cocaïne en étant la principale cause, narines rougies, irritées, moisies…) Les jeunes et jolies putes étaient debout, de dos, de part et d’autre d’El Nabo et secouaient leur popotin comme seules les latinos savent le faire. Secoue les maracas ! Secoue-les ma garce ! Ce quadrille de fessiers surdéveloppés - perchés tout en haut de jambes démesurées - s’accolaient, se décollaient, pour s’accoler de nouveau… commençait à transpirer une humidité sensuelle et excitante, se frottaient, lascifs, en glissant, se lovant, en allant et venant de droite à gauche, et de gauche à droite, descendant, montant, redescendant, remontant… ainsi de suite, sans arrêt, en rythme et sans fléchir, pour singer, mimer un semblant de coït lesbien… Une intrication charnelle qui la donnait ! la trique ! Et El Nabo lui, spectateur en sueur, ne pouvait que se torsader comme un misérable ver dans son calbut cintré pour essayer d’en faire sortir, d’en glisser - par la fente prévue à cet effet - sa bite turgescente, durcie par l’envie, son cobra à l’affût, son pylône d’acier qui maintenait ses dessous synthétiques en forme de drôle de chapiteau pointu. Avec une petite tache sombre au-dessus. Mais tous ses efforts étaient vains, vains, vains… « Clara ! Mira ! Mira ! ayuda-me ! Brama-t-il. Approche-toi ! Viens donc me la sortir !... Visiblement, elle déborde d’envie de faire ta connaissance ! heu… comment dire ?… plus en profondeur ! Ven ! Ne te fais pas prier !... » Cela dit, toutes ces injonctions n’eurent guère d’effet, la pute apostrophée préféra autant continuer d’échauffer son client… avec malice et lubricité, ne lui jetant que de fugitifs regards complices. « Maria ! Reprit-il, opiniâtre. Viens me secourir toi ! Viens me voir ! Ven ! Ven a ver el padrino ! Il saura te donner du plaisir el padrino… il saura te faire jouir… Allez… viens… n’imite pas ta copine… Elle… la petite coquine, je ne l’aime plus du tout, mais alors plus du tout… Et d’ailleurs, ajouta-t-il en se tournant vers Clara, elle se prendra une bonne fessée déculottée dès que mes mains seront libérées… » Elle non plus ne prêta pas attention aux doléances du petit homme-ver et poursuivit son manège racoleur - sans doute élaboré en cœur avec sa consœur - continuant sa chorégraphie de striptease ; une danse bien rodée, servie chauffée et resservie réchauffée, sans possibilité d’improvisation, sans adaptation au client, sans personnalité… car vous en conviendrez, si ces deux jeunes filles avaient eu un tant soit peu d’imagination, elles ne seraient certainement pas là, même pour deux mille dollars de l’heure… Elles seraient… dans les bras d’un riche octogénaire, ou dans une série télévisée, ou dans un cabaret… ou autre, je ne peux dire… mais à des lieues du glauque et crasseux manoir de ce petit homme-ver, et par voie de conséquence, à des lieues du contenu de son calbut… Ou disons plutôt de sa bite pour être plus clair, sa bite qui - revenons à nos moutons - commençait à accuser la frustration en se ramollissant fâcheusement. « Cago en la ostia ! Putana ! Maugréa-t-il, lassé d’attendre et surtout lassé de ne pas prendre son pied. Je ne vous paie pas pour danser ! Bande de putains crétines ! Je vous paie pour baiser ! Vous savez ce que c’est baiser ? non ? Je raque deux mille dols pour une partie de jambes en l’air et mille d’entre eux s’évaporent en une saleté de danse du ventre ! Même pas bien interprétée ! Vous vous foutez de ma gueule ?! Parce que si vous vous foutez de ma gueule, vous allez avoir affaire à moi ! Bande de putains crétines ! Vous allez voir de quel bois je me chauffe ! Alors à présent ! on obéit ! s’il vous plaît ! et sans regimber ! » Maria ! Tu me détaches ! Clara ! T’enlèves ton string ! Tu libères le créateur ! Tu le fais mousser un peu ! et tu te le fourres là où je pense ! » Sur ce, les deux putes finirent par comprendre que leur talent de danseuse n’importait que très peu aux yeux de ce vicieux et outrageux petit monsieur. Elles s’exécutèrent. Maria détacha les liens, Clara retira le bout de tissus qui recouvrait encore son sanctuaire secret ; se rapprocha, féline, de l’entrejambe d’El Nabo, et elle s’apprêtait à glisser sa main sous le caleçon chapiteau quand la porte de la chambre s’ouvrit brusquement.
Pascal Forbes
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