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Pour ne pas oublier... |
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Page 3: L’héritage des anciens
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Scène 1 : 21 Septembre, 3H01. Nuit fraîche, 15°C, vent nul, ciel dégagé.
Allez-vous en ! Laissez-moi en paix ! Putain de leur race ! de moustiques opiniâtres !... Quelle plaie ! Je me fais bouffer sur pied !… ça gratte… ça démange… et je dois encore assurer trois quarts d’heure de mix… Trois ! quarts d’heure ! de mix !... Mixer en plein marécage ! c’est mixer en plein délire oui ! en ! plein ! délire ! Je ne vais jamais pouvoir tenir !… Ils arrivent à me déconcentrer tous ces vampires zélés !... Je ne pense plus qu’à me gratter, c’est pas possible, je vais finir couvert de… de… de boutons… Je vais finir constellé !
« Boooouuuuu ! »
Tiens ?! La foule me conspue à présent... Qu’est-ce que je lui ai fait ? Ha merde !... Ouais… Je ne suis pas calé, j’ai un sale contretemps entre le sample initial et le thème de Beetle Juice… et je ne m’en apercevais même pas, je ne m’en apercevais même pas à cause de cette vermine volante ! Soûlante !... Elle commence à me courir sur le système… sérieux ! Allez… Un, deux… Un, deux, trois, quatre… C’est parti.
« Vadim ! Augmente le volume ! Vadim ! Je crois qu’ils sont chauds là, ils ne demandent que ça ! Vadim ! Explose-leur les tympans ! Envoie-leur d’la basse ! D’la basse ! »
Bon… Je vais leur en donner pour leur pognon, et leur offrir une petite dose de frisson… Question… Comment je m’y prends ? J’augmente progressivement ? ou d’un coup sec ? Non non, j’ai une meilleure idée, je vais pousser l’intensité par pallier, disons… Trois. Ouais, trois c’est bien. Attention, à deux… Un, deux… C’est fait :
« Yéééééé !!...»
J’adore… La configuration du terrain fait résonner l’ensemble des cris en ma direction… J’adore… J’adore quand la fosse se met à crier ainsi… C’est qu’elle vibre, qu’elle entre en transe, qu’elle oublie tout, qu’elle n’a plus qu’une seule idée en tête, se dandiner, se trémousser, frétiller en rythme, tous les tracas du quotidien n’ont plus aucun moyen de pression sur elle… Tous les vulgaires soucis s’effacent… Ils disparaissent submergés sous les flots d’une énorme déferlante d’endorphine…
« Alleeeez !!... »
Le groupe est soudé, comme rarement il l’a été… ou tout du moins… sur un de mes morceaux. Et pourtant… j’en ai des tecknivals à mon actif… Cela reflète une certaine évolution, c’est plaisant… enfin, ça compense ces putains ! de piqûres ! de moustiques ! de merde !
« Ouéééé !!... »
La populace s’est lancée dans un mouvement général de danse frénétique… Je ne connais rien de plus jouissif que de procurer du plaisir à mes fans, je suis sûr d’être à cet instant tout aussi transi qu’eux… Je vais encore augmenter le son… Léger crescendo pour l’accélération, et… Gros sursaut !
Scène 2 : 21 Septembre, 10H22, matin brumeux, 12°C, vent par bourrasque, ciel couvert avec éclaircies passagères.
« Il fait un tout petit peu plus frais qu’hier ? Non ?… Vous ne trouvez pas ?... Ou… c’est peut-être moi qui me fais des idées… »
« Vous avez raison ! Chef. »
« Oui… J’ai raison… Donc, j’ai raison… Passons. Vous me dites – si j’ai bien compris… hum hum… n’hésitez pas à m’arrêter si je me trompe… ou si je me rapproche malgré-moi de l’erreur grossière, cela évite de tomber dans le ridicule – que le nombre de victimes s’élève maintenant à plus de cent cinquante jeunes gens ! »
« Cent cinquante-trois ! Chef. Depuis la découverte des quatre derniers cadavres. On les a retrouvés… sur un talus, au bord de la rivière, à trente mètres en amont, tous regroupés autour d’un foyer éteint, un foyer de barbecue… C’est dingue ! Chef. Ils avaient encore leur sandwich mayo-merguez à la main !… »
« Oui, donc j’ai raison… cent cinquante-trois… cent cinquante-trois jeunes… cent cinquante-trois jeunes gens… de 18 à 33 ans, tous morts, aux premières conclusions, s’multanément, et d’une cause encore inconnue… »
« Exact ! Chef. »
« Et bien… On n’est pas gâté… »
« Exact ! Chef. Je ne vous le fais pas dire… »
« Et… comme seul témoin… nous avons… ce centenaire tout tordu là-bas ? qui tient en équilibre sur ses frêles gambettes par… je ne sais quel miracle ! »
« Positif ! Chef. »
« Positif… Positif !? »
« Heu, oui… Exact ! Chef. J’veux dire… J’essayais juste de changer un peu de réponse… heu… désolé ! Chef. »
« Ce n’est rien. Allez donc me chercher notre vieux gibbeux… »
« Tout de suite ! Chef. »
Scène 1
Ho oui ! C’est bon là, j’assure, j’assure, mon live est excellent, il ne me manque plus qu’un chouya de motivation supplémentaire, un petit coup de boost… Mais qu’est-ce que je dis moi ! c’est d’un gros coup de pied au cul dont j’ai besoin ! Et je sais ! qui va pouvoir me le donner ! je n’ai qu’à le demander à… Marta !... Ho oui ! Marta ! Le moment est venu pour toi de rentrer en scène !... Et je vais certainement la trouver… au fin fond de ma poche ! perdue dans le fouillis innommable qu’il y règne… La voilà ! Marta ! Ma belle Marta ! Ma douce Marta ! Ma montre à gousset, ma dulcinée… Un seul coup d’œil sur tes rondeurs voluptueuses et j’en suis tout retourné… Un seul regard sur toi, Marta, éternelle indicatrice de la mi-nuit, et tout mon être fond… Pauvre… garçon… que je suis… Bon, c’est pas tout ça… mais il faut que j’avance ! vite ! Je lance le prochain morceau, il dure 12 minutes, et je prends le temps de satisfaire mes narines… Mes narines... et mes envies ! Ma douce Marta, montre adorée… stimule ma cervelle de ton contenu mal-aimé… Il me faut le couteau… Trouvé. D’un léger balancier, je décapsule le dos de ma gentille montre à gousset… Je regarde longuement son contenu talqueux… Je le regarde encore, obnubilé. Je ressens même les prémices d’une montée en flèche… Je m’en délecte un instant. Et je saisis du bout de ma lame une infime quantité de poudre. Je la place sous ma narine droite et je la snife ! sans pitié ! Je profite, je profite, je profite du frisson électrique qui vibre et serpente au travers de mes vertèbres, tout au long de ma colonne… Ouais !... C’est bien parti !... À présent, amusons-nous. J’augmente d’un coup ! hou… et !... Je gère… Ouais… Je gère comme un dieu… Je suis un dieu ! Qu’est-ce que je fais maintenant, qu’est-ce que je fais ?... Je reviens en arrière ? Ouais… trois minutes avant… et je me rattrape ! Je retombe sur mes jambes ! Et le rythme est reparti ! La boucle est bouclée ! J’assure ! Je m’épate ! Je lance le sample des béruriers ! Ouais… J’augmente un peu le son, et ils vont tous devenir fous ! OUAIS…
Scène 2
« Vous croyez ? »
« Si si !… Y’aurait moins de putes !... Y’aurait plus de viols ! »
« ’fectivement… Bref. Passons. Alors, c’est vous qui avez découvert les cadavres ? »
« Ben vrai !… Voilà… J’me baladais autour de ma propriété comme tous les matins et… j’ai entendu du bruit… »
« Du bruit ? »
« Oui, j’ai entendu… »
« Oui… Vous avez entendu… Oui… Vous avez… Mais… Vous avez entendu quoi ? ’xactement ?...»
« Bé, j’ai entendu des coups de tambour, répétés. Un enchaînement de booms-boums tonitruants… Au début, j’ai cru que c’était tout près, qu’il s’agissait d’un assainissement défectueux… un vieil écoulement des eaux bouché… Mais je me suis dit, ce bruit, c’est pas un truc normal, c’est pas un truc qui se passe tous les jours… Et puis… Je l’ai reconnu ce bruit, c’était un bruit bien plus lointain, c’était le bruit… Le bruit… que les jeunes appellent d’aujourd’hui… techno, je crois… Et c’était ça… C’était de la techno… C’était bien une RAVE !… Leur satanée musique tournait encore… en boucle… Ha ça ! Par contre, eux, ils ne tournaient plus, ils ne dansaient plus… plus du tout… Ils étaient tous étalés… comme ça… Et je vous le donne en mille… Vous savez à quoi ils m’ont fait penser ?...»
« Chut. Ne me soufflez pas… laissez-moi réfléchir – et surtout, n’hésitez pas à m’arrêter si je fais fausse-route… Ils vous ont fait penser… à une secte de fanatiques dont les membres se seraient tous entre-tués dans une cinétique de suicide collectif… »
« Ha non… Mais ça aurait pu. »
« Ne dites rien, ne dites rien… Ils vous ont fait penser… à une bande de jeunes ayant eu accès sans le vouloir à une drogue beaucoup plus puissante que ce qu’ils pensaient… Et qui aurait pu provoquer par sa prise – chez tous ces consommateurs avides – une overdose… »
« Un bon point pour vous. J’avoue qu’au début… j’y ai pensé… un peu… Faut dire aussi… que ce sont tous des satanés drogués les jeunes d’aujourd’hui… Mais… »
« Mais ce n’est pas encore ça. »
« Non. »
« Ne me dites toujours rien, je vais y arriver… heu… Peut-être qu’ils vous ont fait penser à un banc de poissons d’Afrique du Sud morts asphyxiés sur le fond racorni d’un lac, la saison sèche arrivée… »
« Oui ! C’est ça ! Enfin, je crois… Je ne sais pas vraiment ce que veut dire le mot "racorni"… »
« Et bien ! Racorni… signifie : desséché et dur comme de la corne. Mais je vous avoue que je l’ai employé ici seulement pour éviter une répétition redondante du type "desséché à la saison sèche". Vous voyez ce que je veux dire… »
« Ha bon… »
« Mais on s’égare encore. »
« C’est vrai. Je voulais aussi vous dire qu’en plus de la pouascaille, ces satanés idiots de jeunes m’avaient rappelé mes jeunes années passées en tant que militaire… Plus précisément l’année dix-neuf cent seize ! Lorsque les combats de la grande guerre ébranlaient la région ! À cette époque, j’étais un jeune engagé de vingt-et-un an, qui avançait sous les ordres du colonel Mac Marlan, un Irlandais, arrivé en France deux années auparavant pour soutenir les troupes alliées… »
« Oui, oui, c’est très intéressant… Retournez-vous un peu… Voilà, comme ça, c’est bien… Vous voyez l’homme avec le calepin, là-bas ? de l’autre côté ?... Oui ?... Et bien, il sera ravi de prendre votre déposition concernant la victoire de nos troupes lors de la première guerre. »
Scène 1
« Ho Vadim ! Tu sens ça ?!... »
« Quoi ça ? »
« Cette odeur ! Tu ne sens pas l’odeur ? »
« Une odeur !? Quelle odeur !? »
« Mais tu ne sens pas ! ça sent la piscine ! »
« La piscine !?... Arrête tes conneries Gonz’ !… Tu délires !… Va donc danser et laisse-moi mixer en paix !... Tu me déconcentres là ! Tu ne fais que ça... Et de toute manière, avec ce que je me suis fourré dans les naseaux, je ne suis pas prêt de sentir quoi que ce soit ! Alors, va te défouler devant le mur de son et laisse-moi mixer en paix ! »
« Ouais ! Excuse-moi Vadim !… T’as trop raison !… Je me casse ! »
« Bé pour te faire plaisir ! et pour que tu me lâches la grappe une fois pour toutes ! Je vais encore augmenter le son ! mais une fois la chose faite, je serais à fond ! ça risque d’être une onde de choc ! une secousse tellurique ! un véritable tremblement de terre ! »
Scène 2
« Et elles ont vêlé ! Chef. Enfin… elles ont toutes deux perdu les eaux sur la nappe en plein milieu du pique-nique organisé par ma femme et mes deux nièces… Pour tout vous dire… elles ont précisément visé la pièce montée du baptême du petit. Et depuis ce jour… Je n’ai jamais revu mon épouse… ni mes deux nièces. Je ne sais même pas ce qu’elles sont devenues… »
« C’est triste… J’te promets – autant que faire se peut – que dès le classement de cette affaire, je m’occupe personnellement de lancer un avis de recherche pour disparition d’adultes… Sans faute… Et… de ton côté, si tu trouves quelques chose sur l’identité du cadavre dans lequel tu trifouilles… Tu me bipes. Je ne sais pas pourquoi mais je pense que celui-ci – avec son faciès crispé de mec passé à la gégène, sa langue pendante et tuméfiée, et la bave qui recouvre ses lèvres – va pouvoir nous en apprendre de bonnes… »
« Attendez, attendez ! Chef. Justement, j’ai quelque chose là… Regardez… C’est une montre à gousset… arrêtée sur midi … ou… minuit ! Oui, c’est certainement à cette heure-ci que le drame est arrivé… À minuit. À moins que… laissez-moi jeter un œil sur les rouages internes de la montre… Ha ! Regardez ! Elle a été vidée ! Et elle contient à présent… de la cocaïne ! »
« Donc… Si j’ai bien compris… Ta théorie sur l’heure des décès… Elle tombe à l’eau. »
« Exact ! Chef. Mais l’hypothèse d’une overdose générale revient sur le tapis ! »
« C’est cela oui… et tu penses qu’il n’y en aurait pas eu un seul pour rattraper les autres ? »
« Je ne vous comprends pas ! Chef. Ils seraient tous morts des suites d’une chute ? » Scène 1
Houlà… La multitude s’excite… Mais c’est vraiment désordonné… C’est le bazar incarné ! Qu’est-ce qu’il leur arrive à tous ? Ils se tortillent dans tous les sens comme s’ils étaient pris de convulsions !... Ils me refont le tableau des damnés du purgatoire en pleine subversion ! Et… Et ! à présent… J’ai l’effroyable impression… que plus rien ne bouge… Ho !... Ho ho ! Les gars ! Je peux pas faire beaucoup plus de bruit ! Je m’en excuse… mais le mur de son vibre tellement qu’il va finir par se casser la gueule ! Et puis !... Je n’ai plus beaucoup de puissance à fournir ! Plus fort ! Je fais tout exploser ! Hé !… Merde ! Mais que m’arrive-t-il ! Que se passe-t-il ! J’ai les yeux qui me piquent tout à coup ! Ha !... Ça démange, ça lance ! J’en chiale ! Aïe ! ma gorge ! elle, elle, elle enfle ! elle gonfle ! Et c’est bien pire que les moustiques ! Aïe ! Oui ! J’ose le dire ! C’est bien pire que les moustiques !... J’préfère les moustiques !
HumHumHum…
Mais qu’est-ce que je raconte !
HumHumHum
J’ai mal ! Merde ! J’ai mal partout ! Même aux poumons ! Ha !... J’ai une boule… oppressante… à l’intérieur… J’ai de… plus en plus… de mal à respirer ! J’ai… J’ai… J’ai du mal à… J’ai du mal… J’ai du… J’ai… J…
Scène 2
« Non, non, non, pas d’une chute… Pourquoi seraient-ils morts d’une chute ?... Moi aussi… j’ai du mal à te suivre parfois… Cependant… en parlant de chute, tu ferais mieux de te méfier de cette installation d’enceintes, juste au dessus de ta tête… L’édifice, enfin… l’entassement m’a l’air branlant, et il penche b’grement de ton côté… »
« Exact ! Chef. Mais rassurez-vous ! Chef. Je reste sur le qui-vive ! Chef. C’est que ça fait du bruit ce machin. Ça grince. Ça couine. Même des fois, ça craque. Je me méfie…
Grince ! Couine !
…Vous entendez ! »
« Oui… Alors là, je serais toi, je déguerpirais vite fait, parce que l’monticule ne va pas tarder à te tomber… »
Craque !
« DESSUS ! »
Broom !!!!
« Vous l’avez échappé belle ! Chef. »
« Toi aussi… »
« Vous sentez ! Chef. Ça sent la piscine ! Chef. »
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