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Extraits - « Nouvelles noires »

Extrait de « L’arrache lecteur »

 

Une semaine à Vierzon : carnet d’aventures

            

             IX. 10 Janvier 2002, asile de vieux, La Ferté Bernard.

             Voilà ce qui s’est passé dans ma tête un matin de blues. Je suis enfermé dans ma chambre depuis la veille dix-huit heures par mesure de sécurité, mais j’ai un toit et un repas chaud. Un jeu d’écriture qui m’a échappé et voilà mon compte à zéro, voilà mon voyage foudroyé à la Ferté Bernard. Moi, le grand aventurier, j’ai déjà croisé sur mon chemin Châteauroux, Vierzon, Massy Palaiseau, Nogent-le-Rotrou et Paris. Pâris ! Me voilà en cale sèche à La Ferté Bernard, à une encablure du Mans. Je ne sais pas l’heure qu’il est, il fait toujours nuit ici, et puis je m’endors tellement tôt ! J’ai froid aux jambes.

 

             Est-ce que Jack Kérouac a fait étape à La Ferté Bernard ?


Granit 

 

             « Comment suis-je arrivé là ? Première pensée cohérente. Depuis quand suis-je ici ? Mais m’apparaît plus urgent comme question : combien de temps puis-je tenir ? Combien de temps dois-je tenir ? Pas faim. Soif. Et mal. Mal à la tête. Mal aux poignets mal aux chevilles, les liens, des ficelles à botteler. Coupantes. Solides. Un flash. Un choc terrible, ma tête qui éclate et puis le noir et puis plus rien. Mais juste avant le noir un feu d’artifice rouge sur les parois de mon crâne. Craquement d’os. Réel ? Imaginé ? Tous les bruits sont suspects. »

 

Trans nouvelle express

 

             « Au fin fond de la jungle amazonienne un cri poignard déchire le rideau poisseux d'un après-midi torride et ruisselant. Une tonne de poils noirs et luisants vient de s'arrêter devant six kilos de chair pâle et tendre surmontée d'une touffe de cheveux bouclés. Ça bouge, ça couine et ça cesse de pleurer devant cette monstrueuse peluche. Tonga la mère gorille saisit d'une main délicate le bébé qui s'offre à sa vue, le berce tendrement et, de liane en liane, le ramène vers son antre. D'un bras elle empoigne les longues cordes végétales et de l'autre elle lui donne le sein tandis que mille violons se déchaînent dans l'azur d'une éclaircie soudaine qui point sans hasard dans cette scène d'une tendresse insoutenable.

 

             Arrivée à la grotte elle tend un bras à l'aîné, une cuisse au petit et se réserve la tête du chérubin, car la cervelle, elle adore… »

 

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Extraits d’« Écueils... » - Opus premier.

 

Adam…

 

             « Je me demande bien à quoi l’au-delà ressemble… et quel chemin on va m’indiquer pour l’atteindre… Je vais peut-être revoir défiler toute ma vie, si… heu… exaltante… et me revoir jeune, rat de bibliothèque, plongé dans les bouquins… ou peut-être vais-je avoir la désagréable surprise de devoir me taper à nouveau toutes les séries télévisées crétines et toute la… heu… toute la… sensiblerie des reality-shows qui ont bercé le dénouement de mon existence…

             Mince !... Il faut que j’arrête avec la téloche !... Ma vie quasi toute entière a tourné autour d’elle, il faudrait peut-être que je m’en détache à présent, la sortir de mon crâne, ne plus y penser, pour ne pas que ma mort ressemble de trop près à mes années passées sur Terre… »

 

Coco…

 

             « Ho ! miroir ! mon grand miroir ovale et légèrement fumé ! Dis-moi qui est le plus beau de cette putain de soirée !? »

 

             Je sors mon portefeuille, ma carte de crédit, et je regroupe, tapotant, toute la poudre qui traîne sur le plateau en une seconde ligne blanche… minuscule.

             Je peaufine alors la symétrie...

             Un billet de cinq euros. Je le roule sur lui-même.

             Aussitôt fait, je m’incline au dessus du doublon de dames blanches… et je m’introduis le billet bien en profondeur dans ma narine droite en vue d’en sniffer une des deux.

             Une des deux…

             Un choix délicat s’offre à moi…

             Par laquelle vais-je bien pouvoir commencer ?

             Allez… La plus grosse.

             Un léger coup d’œil aux alentours… et un reniflement bien bruyant !

 

Srreeee !…

 

 

Sigmund…

 

Allons-y pour un premier whisky…

Sec… et cul sec.

Gloups.

 

             Il est un temps pour tout. Il est un état pour tout.

             Et il est des états dans lesquels il ne vaut mieux pas aborder de sujets fumeux…

 

Un deuxième…

Gloups.

 

             Je suis né génie, j’aurais pu conserver ma vie de génie, j’aurais pu réussir dans n’importe quelle voie… La philosophie de comptoir m’aurait plu, je crois… si toutes ses déviances psychiques n’étaient pas aussi facilement accessibles…

 

Un troisième…

Gloups.

 

 

Tonio...

 

             « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs les artistes du bistouri déchus, bienvenuto ! à la troisième édition de Snuff Surgery en la compagnie du Docteur Steopati ! La seule émission de médecine réservée aux chirurgiens amateurs et adorateurs d’interventions peu communes… Aujourd’hui… mon charmant patient est – et vous le remarquerez par vous-même – beaucoup plus vivace que les deux précédents. Tant mieux ! puisqu’il va subir une opération invasive plutôt lourde, qui sera, cette fois, une ostéotomie fémorale ! »

 

             Une ostéoquoi !?

 

             « En effet, je vais procéder à la résection de son fémur droit, et après avoir soigneusement désarticulé l’os, je le remplacerai par une magnifique prothèse en duralium de ma confection. »

 

Zoé…

 

           « MHMMHMM »

 

             MHMMHMM ?... Ha ! Attends. Il te faut peut-être des lèvres pour causer. Tiens, elles te vont à ravir, elles sont élancées, pulpeuses, sanguines…

             Sanguinolentes !? Non ! Non ! C’était une bouche que je voulais t’offrir ! Je ne voulais pas t’égorger ! Mais arrête de saigner ! Combien de galons tu contiens ?! Tu m’en fous partout ! et t’en fous partout ! Tu remplis la pièce ! Elle est presque pleine ! Je n’ai bientôt plus pied ! Mais qu’est-ce que tu fais ?! Je ne sais pas nager ! Ho ! Je ne sais pas nager ! Je n’arrive plus à respirer !...

             Je tousse. J’ai encore vomi. Et j’ai failli me noyer cette fois-ci…

 

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Extraits d’« Écueils... » - Opus deuxième.

 

 

Lili

 

             Merde ! Elle est partie… Je pensais que tout allait bien… Je pensais que ne rien changer suffirait… Je pensais… Je pensais… qu’elle m’aimait encore… que ma présence même l’enchantait…

             Ah !... là… ce n’était pas le doigt… mais le bras tout entier que j’étais en train de m’enfoncer…

             Espèce de gros porc puant ! immondice ambulant ! tu ne mérites plus son amour, toi qui y tenais tant, d’ailleurs, tu ne mérites plus l’amour de qui que ce soit, et tu ne mérites plus d’être consolé, et tu ne mérites plus d’être apprécié, et tu ne mérites plus d’exister…

             Mourir est pour toi la meilleure solution.

 

Archy

 

             Mais putain ! mais, mais… Mais qu’est-ce qu’elle me veut cette mouette ? Tu vas me laisser crever en paix espèce de volaille dégénérée ! Tu pourras revenir pour le buffet à volonté d’ici quelques jours, patiente gentiment et arrête un peu de me becqueter le crâne !… Je sais qu’il est appétissant, tout luisant au soleil couchant, mais bon, c’est douloureux, et si tu t’obstines, je t’attrape, je te tords le cou, je te plume et je te bouffe toute crue…

             Hé !...

             C’est pas con ça !

             Quelle bonne idée...

 

Cherry

 

             Ha… D’épaisses volutes de fumée ocre masquent en partie son doux visage… Néanmoins… je le connais si bien – ancré qu’il est dans ma mémoire – que pour en avoir une image nette, il me suffit de sceller les paupières... Je n’ai même pas à réfléchir – nul besoin de concentration –, son regard, son petit nez, son sourire, ses pommettes irisées occupent toutes mes pensées, comme une sorte de persistance rétinienne dont je ne saurais me séparer… et cela, même en regardant fixement les flammes durant une éternité…

 

Anders

 

             Deux jours plus tard, j’avais entre les mains un conte enfantin de mes meilleurs crus. Avec une princesse noctambule, sa marraine la fée obèse, un dragon et sa femelle – maladivement jaloux l’un de l’autre –, deux lilliputiens puérils – vraiment minuscules – et un grand prince élancé – charmant mais malheureusement très niais.

             Je n’avais plus qu’une seule hâte : observer la réaction des petites à cette histoire certes un peu bizarre…

             Je n’avais qu’une expectative : voir apparaître dans le bleu de leurs yeux la lueur d’un rêve qui se prépare…

 

Nono

 

             Vu de l’extérieur… heu… par exemple… heu… de la femme installée en vis-à-vis, à l’aut’ bout de la table – si c’est bien une femme et si elle est bien en vis-à-vis et s’il s’agit bien d’une table… Je dois donner l’impression d’entretenir une discussion constructive, ou non !… déconstructive, avec les petites bulles occupées à escalader les parois abruptes de mon verre.

             J’essaie de toutes les regarder dans les yeux mais… c’est pas gagné.

             Plus les petites bulles s’approchent, plus leur senteur d’houblon fermenté me saisit les naseaux. Plus proche est leur gazouillis, plus la réaction d’agitation stomacale d’autodéfense de mon organisme est stimulée, ouais… plus ça gargouille tout compte fait. Je le sais pourtant, que la prochaine gorgée va m’incommoder, que je vais avoir une envie impérieuse de régurgiter toute la causticité de mes entrailles.

 

 

 

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