PAPILLONS de NUITLa salle est pleine à craquer,Sur la scène, juste un noir petit paquetRecroquevillé, perdu, paumé !Vous savez quoi ? C’est moi !Je me déteste d’étaler là ma souffrance,Je me déteste d’exprimer ainsi ma délirance…Cette dépression qui serpenteLes sentiers noirs de mon inconscient.Reptiles, monstres fantomatiques…Tout y est brûlé, ratatiné, squelettique.Mon bonheur d’hier,Cette espèce d’auto-satisfaction,Mes désirs, mes projets, mes prières,Naufragés de l’Illusion.Et ce projecteur qui enveloppe ma silhouette,Dans son halo, je tremble, inquiète !Il sculpte mes noires pensées, miroirDe mon intellect déboussolé !Au-secours ! non ! pas ça !Oh regardez ! regardez-moi !Allons riez ! j’ai perdu mon « moi »Qui suis-je aujourd’hui ?En ce désert brûlant d’hiers ?Amoncellement de souvenirs…Détritus enfouis sous la poussière !Et voilà que je tombe à genouxSur cette scène imaginaireGueulant tous mes remous,Pleurant toutes mes galères !Mais écoutez-moi bon sang !Vous ne comprenez pas ?J’arrache mes tripes en ce momentEt savez-vous ?J’ai si mal dans ce déchirement !J’ai besoin de vous !Entendez mon cri, ce rugissement !Je veux étrangler ma nuit,Revoir le jour, mes rêves, mes envies…Perdue dans le labyrintheDe mes angoisses,Mes peurs me tracassent !La pluie torrentielle de mes doutes,Noie ma personnalité en déroute,Frappe les vitres de mes incertitudes.Et vous restez là ?J’menfoutistes ? indifférents ?Avez-vous donc l’habitudeDe voir souffrir ? sans engagement ?Ne pas intervenir ? courageusement ?Mais quoi ! qu’est-ce que j’imagine ?Qu’un doigt peut bouger ?Qu’unanimesLes mains vont se tendre, ramasserMon pauvre corps ?Et quoi encore ?C’est foutu !Je suis allongée, là, abattueSur ce plancher d’amertumeRemâchant jusqu’à satiétéDes autres, les rancunes.Le spectacle est terminé…Pauvre de moi !Allons, je t’en prie, me mis-je à crier,Redresse-toi !Un genou d’abord,Sur lequel ma main s’est appuyée,Rond galet assez fortPour soutenir mon « relevé ».Mes reins, brisés par le tropSe sont redressés aussitôt.J’ai relevé mes épaules vousséesPar le poids de mes chagrins.Déjà fortes, elles ont dressé,L’équilibre de mes demains.Mon regard a pris étincelles…Il plonge dans cette salle incréduleSa complète métamorphose.Quoi ? enfermée dans ces pousterlesToute issue close ?Claquemurée, épuisée, dominée ?Dois-je rester ? je refuse ! je ne m’inclinerai !Les projecteurs balaient la scène,Indiscrets.Sont-ce mes larmes, ces perles au sol ?Penche-toi ! ramasse-les !Ne laisse pas les regardsS’en emparer. Ils ricaneraientDe ta naïveté, ta crédulité.Balaie ces épluchures,N’en renifle pas la moisissure…Elle te serait poison infligé.Tu as donné sans recevoirAutre chose que quolibets,Aurais-tu cultivé l’espoir d’un retour ?Un retour de l’Universel Amour ?Tu me déçois !Allons ! sors de tes aspirs désuets !REGARDE !La salle entière s’allume !Je suis debout devant l’à venirUn spot de lumière virguleMon visage, mes aspirs !Les applaudissements crépitent…Ai-je terminé mon show ?Puis-je baisser le rideau ?Tout s’éteint…Ténèbres autour de moi,Ne flotte qu’un léger parfum,Et mes pensées éparsesQui traînent encoreLeurs vieilles savates,Usées jusqu’à la corde…Une corde qui serre mes angoisses,Etouffement final, fatal…Avouez que c’est d’un banal !Il n’y a pas de scène, pas de public,Un mal de tête, un aspégicEt ce besoin de me confierA ce qu’il me reste,Un bout de papier !elaine dans la nuit du 27 Novembre 20103 heures après la mi-nuit
elaine de liancourt - poésie
Papillon de nuit
vendredi 11 mars 2011, par
