L’obésité, le mal du XXIème siècle
C’est la nouvelle pandémie. Le mot peut sembler exagéré mais le docteur Maxime Sodji, chirurgien à la clinique des Émailleurs, à Limoges, l’utilise pour qualifier l’obésité."Cela correspond à l’ampleur du phénomène", explique l’auteur du "Poids des mots", un livre que le médecin a écrit avec ses patients. Depuis 1997, en effet, l’Hexagone n’a cessé de s’arrondir. Le Limousin n’a pas été épargné : la région comptait 8 % d’obèses il y a treize ans et près de 14 % en 2009. Mais ce taux s’est stabilisé depuis 2006.Un cumul de 300 kilos perdus. Ce problème de santé publique est de plus en plus souvent traité par les chirurgiens. "Il ne s’agit pas d’opérer tous les obèses mais j’ai affaire à des patients qui se retrouvent dans une impasse, qui ont tenté toutes les solutions diététiques et n’y arrivent pas. Certains d’entre eux ont un CV pondéral avec un phénomène yo-yo impressionnant. En raison d’une série de régimes, une des femmes que j’ai soignées a cumulé une perte 300 kilos jusqu’à ses 35 ans", raconte Maxime Sodji. Cela fait dix ans que le chirurgien traite l’obésité. Et plus largement une personne. "Ce n’est pas qu’une question de poids et de santé, c’est aussi un individu qui souffre, qui veut répondre aux normes de la société et qu’il faut écouter."Dans son livre, le docteur donne donc largement la parole à ses patients. La plupart d’entre eux ("d’entre elles" surtout car 90 % sont des femmes, non qu’elles soient forcément plus touchées mais elles le vivent moins bien, semble-t-il) ont préféré garder l’anonymat, signe que l’obésité est difficile à assumer.Corinne Tétany, elle, a choisi de se montrer. À l’âge de 20 ans, elle pesait 63 kilos mais cinq grossesses plus tard, elle a atteint les 104 kilos. Une première opération avec la pose d’un anneau n’a pas fonctionné. La seconde, en juillet dernier, où deux tiers de son estomac lui ont été retirés, a été un succès. Son poids aujourd’hui est de 76 kilos.Sérénité retrouvée. "J’ai retrouvé un équilibre de vie, une sérénité. Mon entourage porte un autre regard sur moi. C’est une renaissance", témoigne la présidente de Rondisport 23, une association creusoise qui propose une activité sportive avant et après la chirurgie de l’obésité. Créée en juin 2009, elle compte déjà 35 adhérents.C’est aussi Corinne Tétany qui est à l’origine du recueil de poèmes écrits par les patients et intégrés au livre du Dr Sodji. Des poèmes rédigés avant et après la chirurgie et des mots qui révèlent l’étendue des souffrances endurées et la difficulté de s’accepter dans une "enveloppe" nouvelle. "Je me réveille souvent, le cœur perdu / Hier petite femme obèse, / Aujourd’hui femme au corps sans poids. / Qui suis-je ? " s’interroge ainsi Estelle.
La Montagne & Le Populaire du centre 10/03/2010
mercredi 10 mars 2010, par
