Je suis une immense erreur judiciaire. Une semaine de garde-à-vue dans la cellule du Puy avec une pute et un clochard odorants, effluves croisés d’Harley Davidson et de pelure d’oignon (le vin et le légume), je marine, pour un soi-disant crime odieux. Dans ce putain de trou pour la première fois de ma vie, je le jure sur ce que j’ai de plus précieux. Mais qu’est ceque je possède de précieux aujourd’hui ? Une semaine à décrypter au plafond le parcours d’une blatte. Quand va-t-elle se décider à tomber dans ma gamelle ? Non, sans déc’, une vraie gamelle en tôle avec un vague brouet où tentent de surnager quelques rondelles de carotte tandis qu’un bout de navet se bat avec un quignon de pain. Je l’ai balancé dans la soupe trop claire, il était rassis. J’attends la suite, en vain. C’est comme dans les films de guerre de 14, la même gamelle, la même soupe. Ça m’aidera à maigrir. Il y a longtemps que je n’avais pas positivé. Le clochard :« Tu bouffes ça, toi ? Tu n’as donc aucune fierté... »La pute :« Je peux ? J’adore, moi, la soupe. »Le clochard pousse la gamelle en secouant la tête, je m’attends à en voir surgir des milliers de puces, mais non. Une semaine de garde-à-vue, uniquement parce qu’une des bagues que portait le bras de la victime, c’est moi qui l’avait achetée, le bijoutier le certifie et je ne le nie pas. Est-ce un crime pour un vieux solitaire que de tenter d’appâter une richebiche avec de la joaillerie authentique ?... À quoi servirait de travailler dans une banque si l’on ne pouvait offrir ce luxe à une inconnue ? L’effet magique d’Impulse, place Vendôme... J’ai un alibi, j’étais en boîte à Limoges le soir du meurtre, mais ni le tôlier ni la junkie tout de noir vêtue ne me reconnaissent. Normal, je suis transparent... De plus, vu la cuite inscrite au livre des records qui s’ensuivit, ma mémoire fonctionne au courant alternatif. Me souviens en vrac du mètre d’orgasme, que doivent ignorer les policiers du Puy car à l’annonce de cette réjouissance ils ont méchamment froncé les sourcils, de la carpe qui se débat dans le bocal dela télé, ils pourront vérifier l’horaire de l’émission, de mon séjour prononcé yeux dans les yeux avec la lunette de mes W.C.Pas de mobile apparent... Si j’avais dû saucissonner toutes les femmes dont j’ai essuyé un refus... Bref, innocent comme un agneau à naître.Oh, juste un truc. Je porte des traces de coups, preuve selon eux que la victime athlétique se serait défendue... J’avoue que ça, je ne me l’explique pas ; et pourquoi ne seraient-ce pas les flics eux-mêmes, pour me faire parler ?Je hurle :« Laissez-moi sortir, je n’ai rien fait ! »
Coup de matraque sur les doigts.Tiens, comme quand j’étais gosse,chacun a la Madeleine de Proust qu’il mérite...
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Je suis une immense erreur judiciaire
jeudi 19 mars 2009, par
