L’art contemporain se définit facilement, c’est celui que le non initié ne peut pas comprendre. Christian Brissart
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Richard Palachak

Fragments de Nuit, inutiles et mal écrits : 76-77-78

Wednesday 30 May 2018, by Blackout

Photo de Simon Woolf

Pour le livre de Richard Palachak, "Kalache", c’est par ici : KALACHE

Fragments de Nuit, inutiles et mal écrits : 76

 
C’était reparti pour Pétaouchnok, et ravitaillés par les corbeaux. Le parrain ramenait son larron à la baraque, apparemment. Sauf que durant le trajet, le comportement des mafieux faisait peur. Plus un regard, plus un mot, plus aucune attention pour nos deux agneaux tremblants prostrés à l’arrière. Et ça dévidait le jars tranquillou, tandis que Mirko faisait la traduc à Gino, en loucedé.
 
« Il arrache ton nouveau Range Ro, Lado
– M’a coûté cent mille, tu m’étonnes ! Et t’as repéré les marche-pied automatiques ?
– Ouais j’ai chouffé, de la balle ! Et pour la chasse, ’tain t’as de quoi stocker !
– Tu dérailles ou quoi, j’ai pas envie de dégueulasser la merveille. Pour le viandage, on continuera de prendre la jeep, Luka.
– Pourquoi kta dérouillé un char d’assaut pareil ?
– C’est Danko qui m’a vendu sa salade.
– Hein ?
– M’a expliqué un vieux truc d’hirondelle de prison.
– Connais pas.
– Ben tu vois le gars qui se pointe en bagnole pour te refroidir...
– Ouais.
– Forcément, ce réceptacle à foutre se place à ta hauteur et pointe son gun en tendant le bras vers ta tronche, en ligne droite.
– Normal.
– Enfin y fait un carton, quasi à bout portant, sans viser.
– L’est pas blindé ton char, ça change quoi ?
– Ça change que si t’es surélevé par rapport au flingueur, il est forcé de sortir le tarpé par la fenêtre et de viser la main dressée, en diagonale. À moins que t’aies affaire à un tireur d’élite, il a pas la moindre chance de te dégommer.
– Pas con, Lado. J’y avais jamais pensé.
– Normal, Luka. C’est mon boulot de réfléchir à ta place. »
 

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L’ambiance était froide et sinistre, malgré les ampoules érubescentes accrochées au lustre, qui conféraient à ce lieu grotesque une émanation sanguinolente et infernale de salle de torture. Gino se mit à trembloter comme de la gelée de coing. Des bouffées de chaleur lui brûlèrent le crâne et son souffle se précipita jusqu’à ce que des sueurs froides lui perlent de la colonne. Un début de migraine se fit ressentir. La bonne vieille descente de snow, selon toute apparence, vécue telle une sorte d’expérience mystique atroce en préambule de la fameuse nuit éternelle. Et que l’attente semblait longue... très longue... trop longue... interminable. On n’est gère patient sous naphtaline. Et s’il s’agissait d’un piège ? Ou même d’un traquenard improvisé ? C’est vrai quoi, du frantsouz tendre et sucré, les poches pleines de cash et le larfeuil garni de cartes bleues... Peut-être que Ladomir avait fomenté ce guet-apens depuis le début ? Plutôt logique en fin de compte, il allait pas se salir les mains ! Suffisait de confier la sale besogne à de vulgaires bûcherons des Carpates, qui te désossaient un rhinocéros en moins de rien, ni vu ni connu, dans un bout du monde où l’Ordre Républicain n’osait plus pointer le bout de son nez. Le ministre des finances avait bien détallé comme un baltringue sous une pluie d’arachides et de bouts de verre. Alors un petit français perdu, déphasé, déjà mourant... L’espoir était absurde. Appeler à l’aide ? Absurde. Et de quelle manière échapper à son sort, quand l’histoire est finie avant même d’être écrite ? Absurde. Inutile de se débattre quand on ne contrôle rien. Connerie ! Mourir de trouille, oui. Mourir pour que dalle, sans raison, sans la moindre préméditation, la poitrine foudroyée par une montée d’épouvante irrationnelle ajoutée à la consommation d’une coco beaucoup trop forte et beaucoup trop pure, issue directement du labo d’Igor. Un haut le cœur dégagea Gino jusqu’à l’âtre campagnard, où il rendit tripes et boyaux sur des capotes pleines et visqueuses qui gisaient là, au milieu des cendres. Les descentes, ça fait mal... Une fois le dernier grumeau et la dernière goutte de bile essorés, fallait encore réunir des forces histoire de se traîner sur la peau d’ours de la chambre, et de s’écrouler comme une vieille bourrique enfin résignée. Rétamé. La carcasse pétrifiée d’épuisement, les lucarnes exorbitées par la dust, il y eut ce dernier mot bredouillé à l’ombre de la mort : « maman ».
 

Fragments de Nuit, inutiles et mal écrits : 78

 
Gino mit sa tronche en face de l’énorme culasse du char d’assaut slovaque et dégrafa le bouton du string avec les dents. La fosse dans laquelle son museau
se glissa fut si profonde qu’il dut tendre le menton en avant, stoppé net par ses épaules. C’était pourtant propre et rasé de près, avec une subtile exhalaison de clémentine. Le français frémissait d’excitation, gagné par la sève primitive du néandertalien.
 
Il choppa le plat de knedliky d’une seule main et entama le bourrage de cul, tranche après tranche, assez délicatement, tel un chasseur-cueilleur avisé qui prépare l’assaut d’un bison broutant bien peinard dans sa prairie. L’animal ne devait se douter de rien...
 
Première tranche de quenelle.
« Mmmm... C’est chaud. » se reput lascivement la grosse rouquine.
Deuxième tranche.
« Ah c’est bon... »
Trois.
« Vas-y mon krumpygulache... encore. »
Quatre.
« Oh oui, fourre-moi le cul... »
Cinq.
« T’arrête pas... »
Six.
« Je crois que je vais jouir... »
Sept.
« Ouuuuh, je mouille comme un concombre de mer... »
Et ce fut le pétage de câble. Gino brailla tel un monstre des bois et sauta brusquement sur sa proie en l’étreignant des quatre membres. Il se mit alors à culbuter à l’aveugle jusqu’à ce que sa lance embroche la couche de pâte épaisse coincée dans le derche et que le bout franchisse enfin l’anneau rectal.
Un pilonnage bref et brutal, comme chez les bêtes sauvages. Au bout du tunnel, un lavement de foutre façon Normacol, à tel point que Ritka dut courir aux chiottes pour aller se vider. Elle n’avait pas tenu les trente secondes de rétention
protocolaires.

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