Ève avait un nom à coucher dedans. Christian Brissart
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"R" de Pascal Forbes

Chapitre XX & XXI

mardi 6 septembre 2011, par Blackout

Chapitre XX
 
Juste une. Juste une demi-sphère, qui trône là, au-dessus de la porte de sortie, à quelques pas en face de la porte d’entrée. Une demi-sphère noire. Noire. Intruse. Comme un lentigo brun pointant au beau milieu d’une étendue de peau blanche d’une extrême pureté. Toute lisse. Toute belle. Quelques pas de long donc, sur autant de large. Une surface très réduite, mais belle, lumineuse, et propre, tellement propre… sans l’ombre d’une tache suspecte. A l’exception de l’intruse, noire. Tout brille d’une étincelante lumière, extraordinaire, plus pure et plus éclatante que celle dispensée dans la salle de balade. Surplombant l’entrée, en levant les yeux, on peut s’étonner de la présence incongrue d’un diffuseur d’eau, qu’ils appellent « pomme de douche », il paraît que ce dispositif permet de faire face à toute brûlure accidentelle ou à un éventuel incendie, pour limiter la casse ou éviter toute propagation. Sur les murs latéraux, rien. Rien, en apparence seulement. Ces derniers, bien que ne laissant absolument rien transparaître, recèlent des penderies escamotées, que l’on peut ouvrir d’une simple pression de la main, le battant coulisse en réaction immédiate et laisse la place à une penderie dépliante. A gauche, suspendues, une multitude de tenues, toute blanches elles aussi, comprenant une mousseline intégrale (avec une partie détachable destinée à recouvrir les chaussons), un masque respiratoire, une paire de lunettes de protection et une épaisse paire de gants en latex. A droite, une penderie vide, seulement occupée par un nombre important de cintres blancs. Cette dernière est destinée à recevoir les habits qui nous couvrent à notre arrivée. Pour que l’on puisse les récupérer facilement à notre départ. Tout est remis à sa place, bien dissimulé dans les parois de la petite pièce blanche, pour que notre passage ne puisse se remarquer. A l’instar de l’Homme de mauvaise conscience qui efface les traces d’un acte répréhensible… De plus, l’ensemble du local est intégralement désinfecté aux micro-ondes, lors de chaque passage : « L’enceinte est en cours de nettoyage, tout organisme vivant sera détruit. » Dans un sens comme dans l’autre. Ainsi, aucun être non sollicité ne reste vivant bien longtemps ici (les indiscrétions sont sévèrement réprimandées). Et tout aussi bien, aucun être non autorisé à sortir de ce local ne reste vivant un long moment (les tentatives de fuite sont également sévèrement réprimandées). Tout cela reflète bien l’importance primordiale de ce qui se trouve derrière la porte de sortie de ce sas d’accès. De ce qui, derrière cette porte, est si jalousement conservé, caché aux yeux des innocents ; de ce qui, derrière cette porte, ne doit pas être connu, ne doit jamais sortir sans qu’au préalable tout ait été très consciencieusement réfléchi, pensé, médité. Seule une infime partie de la population possède les codes secrets permettant l’ouverture de ces portes. Encore heureux. Les pires des maux sont stockés là-dedans. Dont le tout dernier en date - nouveauté dévastatrice, horrible fléau naissant - assassine sans vraiment crier gare, ou alors un GAAAAARRRREEEUU ! complètement inopportun ; il abat d’un grand coup de massue sur l’occiput, il fait perdre la raison et dévore la cervelle à grandes cuillérées. Se délecte. Seule une infime partie de la population est donc directement confrontée à la terreur d’actualité, et pour ajouter une complexité à son accessibilité - qui à ce stade pourrait paraître superflue - les cadrans de numérotation des codes de déverrouillage des portes sont quasi invisibles à l’œil nu. Les novices, les invités, les étrangers ne peuvent les distinguer du reste des parois auxquelles ils sont intégrés. Seuls les initiés savent où ils se situent. Et eux seuls en ont - en théorie - l’utilité.
 
Chapitre XXI
 
Entoilé d’une blancheur immaculée. Emballé. Empaqueté. La tenue est étrangement agréable, ventilée, aussi légère que l’air qui m’entoure, qui m’enveloppe, elle caresse ma peau comme un souffle léger, une personne qui soupire d’un soulagement mérité. S’être tiré d’une situation telle que la mienne relève du miracle. Un miracle, c’est l’effet extraordinaire d’un hasard heureux. Heureux le hasard, heureux, parce que je ne pensais pas avoir à m’en sortir, me sortir de quoi d’ailleurs ? J’étais dans l’ignorance totale ! Et ceux qui sont baignés dans le doux bourbier de l’ignorance ne cherchent pas à s’en dépêtrer ! J’étais loin de m’imaginer un instant le sort qui m’était destiné. Pas une seule seconde cette pensée ne m’aura effleuré. Comment une telle idée a bien pu naître dans un esprit sain, un esprit humain ! Comment l’humanité a pu en arriver là ? Comment un misérable groupe d’hommes, pas plus nombreux que l’ensemble de mes doigts, a été poussé à décréter une solution d’une telle extrémité ? Je me demande si c’est la première fois, ou s’il y a eu des précédents aussi abominables ? Peut-être est-ce une habitude humaine ? Quelle autre créature de ce monde serait capable d’une ignominie à ce point indigne de la vie ? Et ils pensent tous que je vais avaler ça sans broncher, sans moufeter, mais, mais ils se fourrent le doigt dans l’œil jusqu’au cervelet ! Ils me pensent aussi docile et soumis que leurs bêtes de somme, quels sombres imbéciles ! Ils vont bientôt constater malgré eux, dépassés, parfaits idiots qu’ils sont, l’ampleur de ce qu’un seul être isolé, un petit être assujetti, conscient de ce qu’il est, peut accomplir à la gloire de son genre !
Le genre humain !
Hi hi ! Cette mousseline me chatouille tout de même, hou ! Elle me gratouille, me picote de ses mouvements trop aériens, ondulante à l’excès, elle me fait des « guilis » comme dirait 334C - ce bon 334C, il commence à me manquer n’empêche -, je ne sais pas d’où il a pu sortir cette expression-là… Je ne connaissais pas cette drôle de sensation de fourmillement inoffensif, rassurant, presque tranquillisant, tant de choses nouvelles s’offrent à moi en même temps, j’ai du mal à les assimiler d’un bloc, et cette sensation de légèreté en fait partie, elle est si nouvelle… Je dois m’y faire… en silence, avec la dignité si chère aux humains.
Je suis un grand à présent !
« Alors… Le code, si je m’en souviens bien…
- Ha pour le coup, je ne peux pas vous aider ! »
Désormais, je me permets quelques touches d’humour avec mon formateur, légères bien sûr, il ne faudrait pas l’offusquer !
« Chut… Nous sommes à une étape décisive de ton apprentissage…
- Qui est ? qui est ? qui est ?
- Ne te hâte pas…
- D’accord.
- Tu vas rencontrer ton maître ultime, celui qui complétera ton instruction, qui permettra l’aboutissement de ton ouverture à ta nouvelle vie. Bientôt, mon travail sera achevé, et cette période de ton existence sera révolue, es-tu prêt ?
- Toujours.
- Tu me plais petit, tu es le premier à manifester un tel intérêt, avec une telle personnalité, si humaine que parfois tu viendrais à m’inquiéter… Les autres sont tellement formatés, calibrés, stéréotypés, toujours à vouloir devenir plus grand, plus grand que grand, à chercher la gloire, quelle gloire ? Y a-t-il une gloire à tirer de tout ça ? Je me le demande. De plus en plus souvent… Ils sont tous carriéristes, à en devenir désespérants, bref, notre séparation ne se fera pas sans un pincement au cœur. Plus prononcé que d’habitude, je dois bien l’avouer... Tu dois maintenant m’écouter attentivement, car il en va de ton bien-être futur de jauger correctement la valeur morale et sociétale de la personne que tu vas rencontrer.
- Je suis tout ouïe.
- C’est le neurochirurgien en chef, Numéro 8, pour toi : Monsieur 8. Un des scientifiques les plus haut placés de la sphère directrice, un décideur de premier ordre, tu t’imagines donc que l’allégeance est tout spécialement de mise. Me suis-je bien fait comprendre ?
- Oui, j’écoute et j’acquiesce respectueusement, j’entends et j’apprends.
- Tiens ! Je vais me permettre de transformer ton trait d’esprit en devise ! Ça me fera un souvenir ! Et si tu continues sur cette voie, tu entendras peut-être cette phrase dans la bouche d’un de tes assistants, qui sait ? En tout cas, c’était une fort jolie pensée !
- Merci.
- A présent, silence complet. Nous allons pénétrer dans un antre du savoir, regorgeant d’énigmatiques connaissances sur le plus inintelligible de nos organes : le cerveau. Tu t’apprêtes à percer un des secrets des dieux : le laboratoire central de neurosciences. »
L’accès se déverrouille, glisse lentement.
« Fermez cette porte ! Tonitrue d’emblée une voix martiale.
- 86C ! Formateur ! Se présente qui vous savez, que l’injonction a dressé instantanément au garde-à-vous, à jouer le piquet dans l’embrasure. Je suis ici pour vous présenter votre nouvel apprenti, nous avions convenu de ce rendez-vous… et je ne pensais en aucun cas vous déranger.
- Vous ne pensez pas, vous ne pensez pas, c’est certainement ça qui vous empêche d’agir intelligemment ! Finissez d’entrer et refermez cette satanée porte !
- Mais… Reprend 86C, en faisant coulisser la porte, tout en douceur. Vous avez fait la demande d’un entretien rapide, pour vérification des facultés de l’élément sélectionné… et il faut bien que…
- Oui, oui, autant pour moi… Excusez-moi, je suis remonté comme une pendule, et tellement débordé par mon travail que j’en oublie les aspects secondaires… »
Une pendule ?...
Trois hommes occupent la pièce. Ils sont habillés de la même tenue légère que la mienne, blanche aussi ; derrière, devant, sur les côtés, les murs et les meubles sont blancs, tous parsemés de papiers affichés, collés dans un désordre criant, avec plein de dessins bariolés dessus. La salle est allongée, allongée à ne pas en voir la fin et fortement éclairée par des rampes néons.
« J’ai une manip à achever… pas d’une importance primordiale et tout à fait reproductible… Néanmoins, j’aime autant ne pas avoir à la refaire, j’ai assez de boulot à abattre comme ça, alors vous pouvez entrer, mais tâchez de ne pas contaminer ma culture, aucun courant d’air ne doit venir perturber le plan de travail, et surtout, restez à l’extérieur du cercle stérile.
- C’est entendu Numéro 8. Nous allons rester à bonne distance…
- Et refermez-moi correctement cette porte !
- Tout de suite Numéro 8. »
Le formateur s’empresse de s’exécuter.
« Comment s’appelle le petit nouveau ? Demande alors Numéro 8.
- 026A. Viens, avance-toi un peu, devant moi, mais pas trop ! Un pas ! Pas plus ! »
Il y a un demi-cercle dessiné au sol, accolé le long de leur bureau bizarre… 8 est à l’intérieur. J’en déduis qu’il s’agit du dit cercle stérile.
« Salut mon garçon, reprend 8, adouci, sans doute pour briser la glace. Alors, tu vas bientôt entrer dans le secret des dieux ?… Comme tu peux le constater par toi-même, je travaille d’arrache-pied sur la culture d’une souche cellulaire, tu sais en quoi ça consiste, non ? »
Je jette un regard interrogateur à 86C, qui me renvoie :
« Tu peux répondre 026A…
- Bonjour Monsieur 8, très honoré de vous rencontrer… Votre question est intéressante, j’adore la cytologie… La mise en culture in vitro d’une souche cellulaire permet d’obtenir, à partir d’un petit nombre de cellules, une quantité suffisante de tissus à fin d’une analyse approfondie des facteurs régulant sa croissance ainsi que de nombreuses autres propriétés cellulaires intrinsèques.
- Bien… Très bien. Et que suis-je sur le point d’ajouter dans cette boîte ?
- Alors, selon l’avancement de la manipulation, il y a deux possibilités : soit le milieu de culture n’est pas encore prêt, et vous ajoutez en ce moment dans la boîte de Petrie, grâce à votre micropipette, les éléments nutritifs nécessaires au bon développement cellulaire, en l’espèce de sels minéraux, d’acides aminés, de vitamines, et d’une source d’énergie de type glucose ; soit le milieu de culture est prêt, et vous procédez à l’adjonction d’un sérum contenant des hormones et des facteurs de croissance afin de stimuler et faire perdurer les divisions cellulaires.
- Admirables postulats… Mais tous deux faux. J’ai réalisé tout ça bien avant votre arrivée. Les cellules sont déjà ensemencées depuis des heures, elles mijotent lentement dans leur bain nourricier. Vous ne pouviez cependant pas le savoir, à moins d’avoir été assez proche de la boîte pour distinguer les sillons d’implantation. Ce qui aurait été très mauvais signe, puisque vous auriez dû franchir le cercle stérile. Et je vous en aurais voulu. Enfin, je m’égare. J’ajoute en ce moment même une bonne dose d’antibiotiques, une dose de cheval comme on dit, ça signifie "bien relevée", pour apporter une protection supplémentaire contre les contaminations bactériennes. Ceci dit, j’ai apprécié votre répondant, la solution n’était qu’à un jet de pierre et vous l’auriez sûrement découverte si vous aviez eu toutes les informations nécessaires, il est plaisant d’obtenir des réponses justes et précises, sans détour, et surtout sans la note habituelle de sarcasme à laquelle j’ai inlassablement droit. »
Sur ces mots, Numéro 8 se vrille dans son voilage de coton blanc et fixe droit devant son regard noir, fermement. Ses prunelles assassines percent entre masque et mousseline, braquées sur un des deux autres bonhommes, occupés à je ne sais quoi - je ne vois rien de là - autour de la tête d’un brancard au dossier relevé. Aucune réaction ne vient en retour, la personne visée ne s’aperçoit de rien, ou feint l’innocence pour ignorer l’affront.
« J’ai fini, nous informe Numéro 8. Approchez, je vais vous présenter le reste de l’équipe. »
Quelques enjambées, on passe à proximité du premier des trois brancards, libre et propre, et blanc comme tout le reste ; et nous nous arrêtons devant le deuxième, derrière les assistants de 8, au centre exact du laboratoire. Aussi, en regardant de plus près leur poste de travail, je me rends compte que ce autour de quoi ils gravitent depuis mon arrivée, c’est un des jeunes gens de l’élevage, un des obèses que j’ai vu succomber à une violente crise de démence. Enfin, ce qu’il persiste encore de cette énorme masse graisseuse…
Ils ont dû le congeler pour qu’il soit encore aussi bien préservé.
Bien que d’apparence endormi - selon ma perspective -, le garçon a les muscles de la face flétris, pli sur pli, bourrelet sur bourrelet, somme toute plus retenus par les tissus qui couvrent normalement le crâne, qu’il a du reste décalotté complet. Pendouille à ses côtés, sur un bras articulé, un bonnet de peau rosée et agrémenté de lambeaux incarnats.
Le cerveau lui, n’ayant visiblement pas accepté les écarts de conduite de son possesseur, a préféré prendre la fuite et aller se réfugier - un rapide tour d’horizon pour le repérer - non loin, dans un cristallisoir. Il patauge gaiement, totalement béant, dans un liquide opaque et glauque.
Les hommes s’écartent devant 8, puis s’alignent tous trois, se retournent et abaissent simultanément leurs yeux inquisiteurs sur ma petite personne :
« A ma droite, mon second, Numéro 18, à ma gauche, mon troisième, Numéro 20.
- Et Numéro 19 ?
- Il n’a pas satisfait à l’examen de passage. Il doit être désormais Formateur, ou Archive, ou Garde, ou pire… Excusez-moi 86C, j’ose espérer que vous n’avez pas pris cette remarque indélicate pour une offense personnelle ?...
- Aucunement. Toute inconduite verbale vous est autorisée. Je suis votre obligé.
- Ce n’est pas une raison pour vous humiliez, et en aparté, vous valez bien mieux que certains sujets ici présents…
- Je ne vous permets pas ! Fulmine un des assistants.
- Voyons 18, ne montez pas au créneau…
- Au créneau ?!
- Ne prenez pas la mouche…
- La mouche ?!
- Ne vous braquez pas…
- Me braquer ? Que voulez-vous dire enfin ? Exprimez-vous en des termes que tout le monde peut comprendre ! Assez de vos expressions désuètes, et assez de toutes vos tournures de phrase tordues !
- Ne vous sentez pas visé 18, ne vous sentez pas visé. C’est tout ce que je voulais dire… Ensuite, je ne parlais pas de vous mais de la dépouille du garçon que l’on a autopsié.
- Ça y est, vous m’avez perdu et vous avez gagné, je ne sais même plus ce que je vous reprochais…
- Vous et votre courroux… Vous êtes indécrottable ! 026A, mon premier assistant, 18, est toujours à fleur de peau, irascible et on ne peut plus bilieux, n’en fais pas cas, et je te prie, de grâce, de bien vouloir éviter de calquer ta future attitude sur la sienne. Réfère-toi plutôt à 20 sur ce point.
- Toujours le mot pour plaire 8, soulève 18, je n’en attendais pas moins de votre part… » Puis, me toisant : « Bonjour 026A…
- Bonjour 18, très heureux de vous…
- Sache petit, que si je ne t’ignore pas, c’est seulement pour éviter d’avoir droit à une nouvelle salve de réflexions désobligeantes. » Il s’incline, me surplombe, sourcils froncés : « Tu ne représenteras jamais pour moi qu’un petit avorton supplémentaire à évincer. » Rides intersourcilières creusées : « Un concurrent négligeable que je vais m’empresser d’éliminer d’un souffle. » Pattes d’oie froncées : « L’outsider régulier qui ne fait jamais de vieux os.
- Charmant… je murmure inintelligiblement.
- Je vous signale que je suis à vos côtés 18, relève 8, stupéfié par cette insolente rafale de menaces déguisées. Vous vous plierez au règlement comme tout un chacun. 18, vous n’y échapperez pas. Non, en aucun cas ! Vous êtes sur la sellette et vous ne pouvez vous en prendre qu’à votre idiotie sans borne et à votre malveillance maladive. Ne vous faites pas trop remarquer 18, c’est un conseil averti, qu’il vous faut prendre en compte sans tarder, si vous ne voulez pas mal finir !… »
Après avoir sensément remballé son agressivité, 18 roula des yeux l’espace d’un silence pesant, et baissa le regard, en signe de sujétion, ou de soumission, ou de servitude, je ne connais pas vraiment la signification exacte de ces mots…
« Bonjour 20, relance le second assistant de 8, ou son troisième comme ce dernier l’appelle. Contrairement à mon collègue, je ne vous en veux pas, je préfère attendre mon tour, je ne vois pas l’utilité d’une quelconque compétition... Surtout que de rester obstinément sur le pied de guerre, c’est plus délétère qu’autre chose… ça déconcentre en plus, vous commettez des bourdes, et c’est la spirale infernale, on pense à vous remplacer, alors vous lancez le casus belli, vous commettez encore plus de bourdes, on cherche à vous remplacer, vous vous battez comme un pauvre diable, vous n’arrêtez pas de commettre des bourdes, on veut vous remplacer, alors vous vous débattez, désespéré, vous ne faites plus rien de bon, on trouve quelqu’un pour vous remplacer, vous vous enfoncez dans une bataille retranchée, une lutte au long cours, et ainsi de suite, jusqu’à…
- 20, épargnez-nous vos raisonnements tarabiscotés, ponctue 8. Vous allez finir par égarer notre nouvel assistant dans les méandres de votre pensée trop sinueuse pour être sensée. Et il ne faut pas qu’il soit perturbé dans son apprentissage, d’aucune sorte. 18 n’est pas le seul à trop en dire ! On ne vous demande pas d’être volubile, éloquent, ou même avenant, de quelconque manière. On vous demande d’obéir aux ordres. Un point c’est tout ! »
Ah je vois que l’ambiance est on ne peut plus détendue ici, ça fait plaisir à voir… Ils se foutent sur la tronche verbalement sans même prendre la peine de se regarder, et les rares regards fugaces qu’ils se lancent sont teints d’une haine animale, sauvage ; à vrai dire, ils paraissent s’éviter autant que possible, sont même tous à me dévisager comme je l’ai fait avec les étonnantes bestioles qui remplissent leur grande forêt grillagée ! Ça me rappellerait presque les relations que j’entretenais avec certains de mes congénères de l’élevage...

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