Chapitre XIIPas de demi-sphère noire ici.Entre les appartements de Numéro 5 et ceux de Numéro 3.Dans un bureau. Celui de Numéro… ?Pièce rectangulaire. Vaste, sans être trop grande. Juste assez pour avoir la place de faire les cents pas en toute liberté. Activité - relaxante - à laquelle s’adonne - nerveusement - le propriétaire des lieux. De plus en plus souvent.Couvrant l’intégralité de trois murs sur quatre, les deux latéraux et celui du fond, des bibliothèques en acajou pleines d’ouvrages en tous genres. De belles reliures les unes aux côtés des autres, cuir, carton, plastique, tout un rayon plein des tomes d’une encyclopédie sur la médecine, au-dessus des tomes d’une encyclopédie sur la théologie, au-dessus des tomes d’une encyclopédie sur les civilisations, au-dessus des tomes d’une encyclopédie sur les arts, au-dessus des tomes d’une encyclopédie sur le monde animal, au-dessus des tomes d’une encyclopédie sur le monde végétal. Et bien d’autres tomes. Et bien d’autres encyclopédies.Au centre de la pièce, un bureau en demi-cercle. Acajou et cuir. Assorti aux rayonnages des bibliothèques. Pieds sculptés de motifs floraux. Finitions dorées à la feuille. Trois dossiers deux rabats empilés à une extrémité, une plume d’oie dressée dans un encrier à l’autre. Un large et haut fauteuil de cuir noir d’un côté, orientable et sur roulettes, deux chauffeuses en velours de l’autre, solidement posées sur leurs gommes antidérapantes.A l’opposé, un des tiroirs du bureau est ouvert, le deuxième, celui du milieu. On y distingue des réserves d’encre sous forme de fioles allongées, cachetées de cire et bien rangées sur de petits présentoirs en treillis métallique, avec deux couleurs en alternance, du noir et du rouge. Le noir pour les ordres ordinaires, le rouge pour les extraordinaires. Sous le présentoir, du papier, ivoiré, bouffant. Réservé aux Premiers. Avec une inscription absconde en filigrane.Aux côtés du bureau, une desserte portant une vasque de cristal remplie d’un liquide translucide, mais pas aussi limpide, pas aussi pur que de l’eau, légèrement ambré, avec un infime dépôt, décanté, au fond du récipient. Autour de la vasque, disposés en cercle, des verres globes coordonnés.Au sol, de la moquette, épaisse, douillette, de la moquette bordeaux, avec un grand logo, sous le bureau, une sorte de cible jaune à plusieurs anneaux, et des lettres entremêlées, N.C.H., écrites dans une typographie désuète, passée d’âge, pleine de déliés, de courbures inutiles. Comme une reproduction d’écriture à la plume d’oie. La signification de ces initiales, seuls les Premiers la connaissent, seuls les Premiers ont reçu l’instruction, l’enseignement nécessaire pour comprendre ces quelques lettres, un enseignement volontairement caché, et négligé, un enseignement qui relève de l’Histoire, l’histoire des Hommes, leur passé collectif. Aujourd’hui, pour le commun des mortels - autrement dit, tous sauf les Premiers - les connaissances qui pourraient procéder de ce précepte ne débutent qu’à l’avènement de la civilisation telle que, présentement, ils la subissent. Autant dire qu’elle se limite à peu de choses… Une vague ébauche précédée d’un faisceau ténu de présomptions - lorsque ces humains prennent le temps de réfléchir à leur condition, ce qui est plutôt mal vu dans la colonie et par conséquent évité dans la mesure du possible. Tant et si bien que - pour la piétaille toujours - tous les faits sont réputés acquis, et ainsi acceptés sans jamais être discutés.Chapitre XIIILe gaz soporifique vient d’agir comme un charme sur les centres cérébraux gérant l’état de veille de 026A, et il dort désormais d’un sommeil léger et mentalement agité. C’est une de ces phases de sommeil aux ondes alpha et bêta, une de celles qui s’intercalent entre deux phases d’ondes delta. Une phase de sommeil paradoxal. Et l’activité cérébrale de 026A va bon train. Ses globes oculaires dansent sous leurs paupières, animés de va-et-vient incessants. En bref, 026A rêve. Sans se douter un instant que son électroencéphalogramme est suivi en direct et de près - à la loupe inspecté - par des Observateurs aux aguets.Devant lui s’étend de vastes espaces verts, à perte de vue, une surface surréaliste qui dépasse de loin son entendement, et cette improbable immensité est couverte d’un fourbi phénoménal de choses vertes, et au-dessus, du bleu, du bleu de chez bleu, un bleu qu’il n’a jamais vu auparavant, un bleu éclatant, pur, juste parsemé de-ci de-là de rares taches blanches élancées et cotonneuses. Le tout barré d’éparses raies jaunes. Il a l’impression d’être léger, si léger que ses pieds ne touchent plus terre. Il ressent un étrange courant d’air frais glisser le long de toute son anatomie. Et il sent l’odeur des grands espaces s’engouffrer dans ses narines. Alors interpellé par une ombre intermittente, il regarde sur la droite et voit une drôle de chose qui bat toute seule, une chose recouverte d’une matière uniforme, noire et luisante, une chose qui, indéniablement, fait partie de lui. Il regarde ensuite sur la gauche, et voit la sœur jumelle de la première chose, en tout point identique, et aussi accrochée à lui.Léger il est, si léger…Ainsi, il avance, prenant plaisir à accélérer par à-coups, augmentant sa vitesse en battant des choses de plus belle. Tout en vrillant sur lui-même, deux, trois fois. Une deux trois boucles, un volte-face, une prise d’altitude… Puis tout à coup lui vient l’envie d’arrêter tout mouvement, de se laisser porter par la force inconnue qui le maintient là où il est. Il replie ses choses le long de son corps, pour former bloc, et commence à chuter, à tomber à toute vitesse, il voit s’approcher le sol, et les choses vertes sont de plus en plus nettes, et il plonge dedans - c’est souple, ça le chatouille - et juste avant de sombrer dans la verdure, il se déploie à nouveau pour remonter vers le bleu éclatant et ses taches blanches et ses raies jaunes. Quand il voit subitement devant lui s’enfuir, se carapater depuis la verdure vers le bleu, un autre être biscornu, un être plus petit et plus bruyant, qui comme lui, se déplace sans toucher terre. Un être coloré du noir au violet, irisé, avec des parties mates et d’autres étincelantes, pas très beau mais structuré, bizarrement, comme une étrange mécanique, des pièces mobiles battent - dans un bruissement mélodieux - sous d’autres pièces fixes. L’ensemble est accroché à un corps segmenté d’où pendent de nombreuses paires de pattes gluantes, une, deux, trois paires de pattes gluantes. Et à l’extrémité supérieure, une tête affreuse, angulaire, une grosse pince acérée en lieu et place de la bouche, un front constellé d’une quantité incalculable de petits yeux fourbes, miroitant de multiples éclats brillants.En somme, la bête n’a rien d’appétissant, et bien au contraire, son aspect a absolument tout de rebutant ; 026A, nonobstant, est saisi d’une souveraine envie de la dévorer toute crue, en pleine action, de l’attraper au vol et de la gober sans autre forme de jugement.Quand devant lui se dresse – brusque - une chose verte, ou plutôt un monticule de tiges marron, toutes achevées çà et là par leurs terminaisons aplaties. Bien que d’apparence fatiguée, cette chose verte est entière - comme le serait une autre chose verte - mais celle-ci a poussé bien différemment des autres, d’un seul coup, comme ça, et 026A ne savait pas que les choses vertes pouvaient pousser aussi vite…Impulsé par son instinct, il se détourne de sa proie pour éviter l’obstacle, et il voit tout à coup le bleu parsemé de blanc se quadriller de noir. Effrayé, il est alors bloqué net dans sa course, puis dans ses mouvements ; aussi, le pauvret se débat, dans un sens, et dans un autre, et encore dans un autre, et ainsi de suite, tentant de battre des choses, de pédaler des jambes, d’assener des coups de tête à cet assaillant invisible, mais tous ses efforts semblent totalement inutiles… Un sac de toile s’approche, puis plus rien.Le noir complet.Lorsque 026A entrouvre l’œil, ses paupières sont collées par la crasse et sa bouche est pâteuse, le garçon n’est plus dans les airs, à flotter, et il n’est plus dans son box, à somnoler.Il est assis et non couché.Il pourrait avoir peur, s’affoler, paniquer face à son incompréhension totale. Ce qui, dans le fond, serait naturel… Mais il n’en est rien. A présent, il est dans une pièce lumineuse, mais contrairement aux deux ou trois autres pièces lumineuses qu’il connaît, celle-ci est également chaleureuse. Très chaleureuse. La couleur ambiante, bordeaux, est très certainement la source de cette chaleur inaccoutumée, réconfortante. Les yeux mi-clos, 026A prend peu à peu connaissance de sa situation, le fauteuil sur lequel il est confortablement installé est recouvert d’un tissu doux, moelleux… Si moelleux et si doux qu’il lui donne envie d’oublier tout ce qui est en train de se passer et de continuer à dormir… Et ainsi, paisible, il ne lui resterait plus qu’à se persuader qu’il s’agit là d’un joli rêve, comme un autre. Que tout est d’une normalité sans égale, que sa vie suit son cours ordinaire. Toutefois, sa volonté est plus grande que sa fainéantise - ou que sa fatigue, peut-être… la frontière est étroite.Et il finit d’ouvrir ses yeux.Dans son champs de vision : une sorte de table, allongée, en arc de cercle, sans séparation centrale, aux contours arrondis, sans angle, nulle part, une table fabriquée dans une matière qui n’est pas du métal, mais quelque chose de plus agréable, de moins agressif, de plus chaleureux… Il veut toucher le meuble, et prend immédiatement conscience que ses bras sont attachés aux accoudoirs du fauteuil. Il n’insiste pas. Et son regard se déplace au-delà, où il voit un homme. Un bel homme, au visage à l’image de tout le reste de la scène, doux et chaleureux, les traits bien définis, avec une cagoule jaune sur la tête, une cagoule très fine, comme faite de fils dorés et comme fusionnée avec le crâne de l’homme, ça le rend encore plus gracieux et bienveillant. Rien à voir, mais alors rien à voir avec ces sales Veilles qui l’entourent d’habitude. Il se surprend à sourire… gai.« Je suis heureux de voir que je ne t’effraie point… »Cette voix, grave et enjôleuse, tinte, à l’oreille de 026A, comme un chant envoûtant, hypnotique… En quelques mots, l’homme lui a fait tourner la tête...« Rassure-toi, les effets du somnifère ne vont pas tarder à s’évaporer…- Où suis-je ? S’interroge 026A.- Pertinent. Tu es dans mon bureau.- Et vous êtes ?- Numéro 4.- Numéro 4 ?- Un des Premiers. Le quatrième pour être exact.- Visiblement, continue 026A sur le ton du murmure à peine perceptible, vous êtes quelqu’un d’important…- Comment ? Je te prierais de parler un peu plus fort, je suis un peu dur d’oreille…- Vous êtes quelqu’un d’important ? Répète 026A un ton plus haut.- Finement déduit. Ne me connais-tu pas ?- Non, jamais entendu quelque histoire que ce soit à votre sujet… Vous êtes un des supérieurs des Veilles, ou un des supérieurs des Gardes, ou bien… ou bien… vous faites partie de "ceux qui causent vert" ?- Non… ? Je suis un des Premiers.- Oui, d’accord, un des premiers, mais qu’est-ce que ça veut dire ?- Ça veut dire, concrètement, que je suis un des grands dirigeants de cette colonie. Le quatrième pour être exact.- D’où votre nom : Numéro 4.- Bien… Commences-tu à récupérer tes moyens, vois-tu plus clair, comprends-tu tout ce que je te dis ?- Je crois, oui…- Parfait. Voilà, j’ai une bonne nouvelle pour toi.- Ha ?...- Tu as été sélectionné pour devenir un assistant chirurgien…- Je vous demande pardon ?- Oui, j’ai peut-être été un peu rapide dans mon explication... Tu es sauvé. Si tu coopères, si tu restes un gentil petit garçon sage et prudent, si tu n’essaies plus de t’échapper - et je n’insisterai jamais suffisamment sur ce point, ta bonne conduite est primordiale - si tu es discipliné, que tu te plies aimablement à toutes les exigences de tes supérieurs, alors, tu n’auras plus jamais à t’inquiéter.- D’accord…- On t’a sorti de la chaîne. C’est déjà une bonne chose, non ?- Je suppose…- Ensuite, tu vas avoir l’opportunité de rejoindre l’élite de notre colonie…- C’est-à-dire vous ?- Parmi d’autres…- J’ai trois grandes questions à vous poser…- Je m’en doute, je vais essayer d’y répondre…- Qui dirige tout ?- C’est Numéro 1. Le premier. L’instigateur de tout ce qui t’entoure. Le Grand Sage. Nous l’appelons Numéro 1 le raisonnable, ou le magnanime selon les situations…- Excusez-moi, vous utilisez des mots qui me sont totalement inconnus.- Quels sont-ils ?- Je crois comprendre sage. Souvent, on nous a demandé d’être sages, et vous encore, il y a peu. Raisonnable, je pense saisir, à partir de raison. Ce Numéro 1 le raisonnable, aurait-il toujours raison ?- Non, tu te trompes légèrement, être raisonnable, dans le cas présent, serait plutôt agir avec modération… oui, alors un autre terme plus simple que modération… avec… une certaine justesse dans les actes, sans débordement, juste ce qu’il faut quand il faut…- D’accord. Et magnanime ?- Un homme magnanime est un homme généreux, avec beaucoup de cœur… Tu sais, nous fonctionnons sur une base d’autocratie, une société menée par un seul homme, un homme aux épaules solides et à l’esprit clairvoyant, bien sûr cet homme est appuyé dans ses choix par un cercle de penseurs décideurs, dont je fais partie, mais tous les Premiers en font partie à dire vrai. Nous pouvons tous exposer notre point de vue, qui est systématiquement pris en compte et analysé par Numéro 1 le raisonnable, qui juge de sa valeur et accepte ou refuse l’idée en question… Il est donc très important que nous puissions faire entière confiance en notre dirigeant tout puissant, qui, s’il le désirait, pourrait tout détruire sans en aviser personne.- C’est rassurant.- Oui, j’aurais pu m’abstenir de préciser ça… Ne t’inquiète pas, Numéro 1 le raisonnable est le plus sage d’entre tous.- D’accord. Autre chose, très importante : que sont les choses vertes, qui grandissent dans la salle de balade, et disparaissent ?- Ha ça, rien de plus simple, ce sont des plantes.- Des plantes… Et c’est vivant ?- Effectivement. Mais pas vivant comme tu peux te l’imaginer. C’est une forme de vie très différente de celle de l’être humain. C’est le règne vivant que l’on appelle le règne végétal. Ou flore. En complémentation de la faune, ou règne animal. Une forme de vie plus rudimentaire, plus primitive. Attention, cela ne veut pas dire qu’elle est inutile, loin de là ! Sans cet embranchement de la vie nous ne serions rien, dis-le-toi bien, la preuve type de leur primordialité, c’est que ces plantes produisent l’oxygène que l’on respire.- D’accord. Autre chose : qu’est-ce que la vie accélérée ?- Houlà... Par contre, là, je pense qu’il serait plus judicieux d’attendre un petit moment avant d’approfondir la question… Le temps de t’acclimater à ta nouvelle situation. Tout te dévoiler d’un coup risquerait de te rendre nerveux, voire même légèrement paranoïaque - hou, j’aurais encore dû m’abstenir... Tu apprendras les choses de la vie au fur et à mesure de tes expériences, au fil de tes rencontres…- Je vais rencontrer d’autres hommes aussi intéressants que vous ?- Oui, bien sûr, et même plus intéressants par certains côtés… Je vais te présenter un formateur biologiste spécialisé dans la chirurgie, tu vas étudier…- Etudier ?- Apprendre les fondements des mécanismes vivants, avec une spécialisation en médecine, j’ai un avenir à te proposer…- Médecine ? Avenir ?- Je t’offre l’opportunité de prouver ta valeur, tu vas pouvoir venir apporter ton soutien à notre colonie, tu vas pouvoir devenir quelqu’un, un homme à part entière…- Pourquoi à part entière ? Il existe des demi-hommes ? Des tiers d’homme ? Des quarts d’homme ? Qu’en était-il pour moi avant ?- Pour être honnête… Tu n’étais… pas grand-chose… Tu le sauras bien assez tôt. Ton formateur ne devrait pas tarder à arriver… »Et comme prévu, l’attente est de courte durée. La petite musique - monotonie en bip majeur - de l’ascenseur vient rompre le silence. Le plexi s’ouvre sur un homme de taille moyenne, de corpulence moyenne, de beauté moyenne, de prestance moyenne, habillé d’une tenue sobre mais pas trop - ou originale mais pas trop - bref, une banalité sur pied, qui fait :« Bonjour Monsieur 4, je suppose qu’il s’agit de 026A ?- A l’évidence… »Et donc également d’intelligence moyenne.« Bonjour. »L’homme s’immobilise plus ou moins et prend un air plus ou moins strict.« 026A, reprend Numéro 4, voici le spécialiste dont je te parlais, il va te former à l’exercice de la médecine et plus précisément de la neurochirurgie. Tu pourras lui poser toutes les questions que tu désires et il se fera un plaisir d’y répondre le plus exhaustivement possible… Bien sûr, lui non plus ne pourra pas tout te dire, non pas parce que cela lui est interdit mais parce que lui non plus ne connaît pas toutes les réponses. 86C, veuillez dénouer les liens qui entravent votre nouvel apprenti…- Vous en êtes sûr ?...- Ne discutez pas mes ordres 86C, contentez-vous de les appliquer.- Tout de suite Monsieur 4, je vous prie de bien vouloir excuser mon outrecuidance Monsieur 4, ce ne fut que maladresse de ma part, engendrée par une étrange appréhension…- Gardez vos sentiments pour vous. Et que cela ne se reproduise plus. »Le formateur se rapproche alors du bureau dans un silence relatif - parsemé de murmures d’agacement inaudibles pour les tympans lâches de Numéro 4 -, il s’incline au-dessus des épaules de 026A et fait, ou plutôt défait, ce que la hiérarchie lui a ordonné de défaire.« Surtout, 026A, l’interrompt Numéro 4 alors que, libéré, il se lève, n’hésite pas à demander à ton formateur de passer à nouveau me voir, si besoin est bien sûr, je suis quelqu’un de très occupé, de passer me voir pour d’autres explications par exemple, ou pour me faire part de tes sentiments, tes ressentiments par rapport à tout ce que tu auras appris… De toute manière on fera le point régulièrement.- Est-ce que vous m’expliquerez ce qu’est la vie accélérée ?- Tu ne perds pas le nord petit, j’aime ça. Oui, je te l’expliquerai. Maintenant va. Suis ton formateur, tu n’as rien à craindre, tu peux lui faire entièrement confiance. »Ainsi, le formateur et son apprenti, sans trop se presser, prennent la direction des laboratoires des niveaux inférieurs. Dans l’ascenseur exigu, 026A se croit de retour dans une jolie rêverie, toutes ses lumières chartreuses fuyantes, qui rayent de bas en haut l’opacité du plexiglas, cette sensation de légèreté, cette sensation d’évasion lui rappellent son aventure aérienne, son vol au-dessus des choses vertes, au-dessus des plantes. Il aurait souhaité que cela dure plus longtemps. Mais l’arrivée est pesante, écrasante. Et l’ouverture se fait sur le métal froid, les structures rigoureusement symétriques et l’obscurité inquiétante d’un escalier qui sombre vers nulle part, qui fuit tout droit dans les profondeurs d’un noir impénétrable…
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