VLe yack volant :Le Yack volant est un gros ruminant comme son cousin terrien. Il possède simplement deux membres supplémentaires, une large paire d’ailes jaillissant de part et d’autre de son corps, au niveau de ses omoplates. Issu d’une mutation post-natale, il n’est ni plus bête, ni plus intelligent qu’un yack classique - autant dire qu’il est complètement con lui aussi… Et son vol est à des lieux d’être majestueux… Il serait même plutôt hésitant et maladroit. Son poids en étant la principale cause.Il vole très bas car il est sujet à des crises de vertige et sa vue n’a rien de celle d’un oiseau. Myope, hypermétrope et astigmate, il ne voit pas plus loin que le bout de son nez. Et plus près, c’est flou.Toutefois, il n’en reste pas moins paisible et tout aussi facilement surpris qu’un yack des pâtures.Je sens tout à coup un grand courant d’air. Une bourrasque presque assez puissante pour me foutre à terre. Je lève les yeux, la monstruosité de tout à l’heure est de retour. Mais cette fois, je peux constater de mes yeux ébahis la nature précise de la chose...Saint Thomas lui-même n’en serait pas revenu.Il s’agit là de Sacha. Sa toison couverte de boue et l’écume aux lèvres, il me survole à tire d’aile. Ce grand benêt est allé batifoler dans la merde - aucun cas pour le boulot des autres. Deux grandes excroissances couvertes de plumes et de poils ont poussé sur ses flancs. Comment ? Bonne question. Pourquoi ? Bonne question. Il s’éloigne de moi, fait demi-tour, revient vers moi mais… il vole bas, très bas, alourdi par un amas de… un amas de câbles ! Je crains fort que ce soit ce pauvre bestiau qui ait arraché toutes les lignes téléphoniques en allant si enchevêtrer dedans...Mal assuré, il bat des ailes en ma direction, plus étonné qu’agressif… et je crois qu’il veut tenter un atterrissage. Pour venir me voir. Qu’il est gentil…J’m’en serais bien passé.Oui. Il est en pleine approche, ses quatre sabots en avant et… et son gros membre copulatoire ! - pour rester poli - tout rigide et tendu, tout droit dressé vers moi !Dingue ! La taille de cet engin ! Non pas qu’il me soit jamais arrivé de voir triquer le gros Sacha, loin de là… J’y ai même été obligé par les petites lignes illisibles au bas de mon contrat… (Il faut dire aussi que… c’est un des seuls reproducteurs du pays). Mais là ! Ça dépasse l’entendement ! Ça dépasse tout ce que l’on peut s’imaginer ! C’est sans précédent !Il va peut-être falloir que je m’écarte de sa trajectoire… Éviter de rester là, statufié et bouche bée...Ouais… Je me décale.Mais… mon pied ripe dans une flaque de boue, je bascule en avant, je me mets à courir dans le vide, trois, quatre grandes enjambées inutiles, je patine sur place jusqu’à… jusqu’à épuisement et je finis par me gaufrer lamentablement. La tronche à l’exact centre de la flaque de boue rendue bien pâteuse par mes soins…Un œil encore alerte, j’entrevois Sacha occupé à amerdir. Lui aussi patine dans la bouillasse, son inertie est telle qu’il va bien lui falloir vingt mètres pour s’arrêter. Vingt mètres… Oui, vingt mètres, il va se prendre le mur de la ferme.Tout en pédalant, il parvient quand même à se retourner pour me regarder, et dans son pauvre regard monocorde, je n’arrive pas à distinguer la fierté de l’ahurissement.Il dérape, il dérape, maintenant à reculons, de plus en plus lentement, et aboutit tout en douceur en glissant une partie de son gros séant dans la porte de service restée entrouverte.Il se dégage en deux temps trois mouvements, se remet à courir vers moi ; je m’inquiète un moment, mais arrivé tout juste devant mon nez, il dresse ses ailes, décolle, claque deux fois des battantes, n’arrive pas à prendre d’altitude, fonce sur une ligne électrique, ne la voit pas - et du coup, ne frêne pas - se prend les câbles, s’entortille, bousille tout, arrache les piliers, et dans un éclair électrique, se fige, paralysé.Il sursaute. Se tortille. Puis plus rien.Et merde ! Ce con de Sacha est allé lui aussi s’auto-dézingué !Tout fout le camp !Je me relève et je cours vers lui. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être ai-je la naïve intention de lui porter secours…Arrivé sous la masse pétrifiée, pastiche de postiche pendue par une aile et une corne à quelques trente centimètres du sol… je m’arrête et percute : si le monstre me faisant face est mort électrocuté… je crains fort pour ma vie à l’endroit où je me trouve… Je dérape donc à nouveau, et je retourne, aussi vite que je suis venu, là où j’étais.Finalement, je suis plutôt bien là où je suis.Tout à coup, un nouvel et non moindre éclair quitte le sol et percute le flanc de Sacha. Lui donnant ma foi… un tout autre visage... Les pattes, les ailes, et même les deux cent mille plumes de ses ailes, toutes dressées comme celles d’un ange minotaure, le corps baigné d’une toison de flammes, Sacha avait l’air à présent d’un suppôt de Satan, en pleine représentation, ou de Satan lui-même. Ouais… Je le vois bien comme ça Satan. Abruti, sans émotion, et puissant, oui, tout puissant… l’espace d’une étincelle…La pluie ne semble avoir aucun effet sur le feu de Bengale. Un grand nuage de fumée s’est formé au dessus du brasier, la carcasse commence à suppurer un suc graisseux qui dégouline… Une cascade de gras sur une montagne de barbaque, un méchoui sous la pluie.PANG !Grosse douleur, indescriptible. Je tombe à terre, enfin… à pataugeoire pleine de boue. Et en passant, mon regard s’arrête sur ma main gauche :« Aïe ma main ! Putain de saloperie de sa race de merde ! Ma main ! On m’a tiré dans la main ! Qui est le foutu con ! qui m’a tiré dans la main ?! »PANG !« Ho ! Mais non ! Mais arrêtez ! Celle-là m’a frôlé le pied ! »PANG !« Mais vous voulez me tuer ? »PANG !« C’est ça ! Vous voulez me tuer ! »Je me relève. Et fonce me réfugier dans la baraque.Vous croyez qu’on a essayé de me tuer ?Suis-je con, non, vous n’en savez rien…Je claque la porte. Me pose sur la première chose venue. Madame Bourru. Et m’enserre le poignet gauche :« Ho merde, ma main ! Ha… Je pisse le sang, bordel de merde… Je pisse le… J’ai la tête qui… Je vais faire un… malaise.… … …Houa ! La chute de tension ! J’ai fermé les yeux là… Oui, je les ai fermés. Mais combien de temps !? »BROMM !« Quelqu’un est à la porte ! Je me suis endormi ! Attends… Quelqu’un est à la porte… Le dingue qui a essayé de me tuer ! Il est à la porte ! »J’attrape les clés de l’armoire à flingue et les arrache de la ceinture de Madame, quitte mon pouf de graisse et saute vers le meuble contenant la 22 long riffle. Je l’ouvre, choppe le fusil, une boîte de cartouches, et bascule l’armoire en avant. Elle est massive et se remet d’aplomb. Je réitère, bringuebale le tout d’avant en arrière jusqu’au déséquilibre.BROMM !Et je me réfugie derrière. Allongé.« Ouais ! Ouais ! Je suis à la porte ! Gamin ! Et tu vas me l’ouvrir cette porte Gamin ! Sinon, boudiou, Gamin ! Je la fais sauter cette porte ! Allez ! T’as trois secondes Gamin ! Un… Deux… Deux et demi… Deux trois quart ! Ho ! tu fais chier Gamin ! je vais devoir gaspiller une cartouche ! »POUM !Putain - putain je dis trop putain, toutes les dix phrases, en moyenne - il a défoncé la porte ! Elle est restée fermée, le verrou à tenu, putain, ils étaient solides les verrous à l’époque ! - putain, j’ai encore dit verrou… le centre a éclaté, reste la poignée, à ras de cadre, une partie haute, une partie basse, intactes.Il passe le canon de son fusil, lentement, mais vraiment lentement, un bon moment… un… bon…Non. Là, il abuse. Il prend vraiment trop son temps. Qu’est-ce qu’il est lent... J’en profite pour charger mon arme. Canon déboîté, cartouches enfoncées, canon réenclenché, approvisionné, chargé.« Hé hé ! Gamin ! Me voilà ! J’arrive ! »Non… Je l’aurais pas cru… T’es super discret… et subtil… Un finaud de ta trempe doit certainement avoir une excellente raison pour venir m’assassiner sur mon lieu de travail. Non. C’est vrai. Je suis curieux de savoir ce que j’ai bien pu te faire pour mériter ça ! pour mériter la peine capitale ! sans jugement préalable !« Hé Gamin ! Tu veux que j’te dise kekchoz’ ?Oui, je vais répondre et me faire repérer. Finaud.« Bon, bé j’vais teul’dire quand mêm’Gamin : j’t’aime pô ! mais pô du tout. Tu sais qui j’suis ? »Ouais, super difficile à découvrir… Déjà, c’est ni Madame, ni Monsieur Bourru, tous les deux morts, bon, on aurait pu croire à une nouvelle transformation du yack volant, en paysans à fusil, mais lui aussi est mort. Ce ne peut donc être que… ouais, que le dernier personnage ayant fait deux apparitions éclairs dans l’histoire, je sais plus quand - attendez je regarde… Au 1er et 2ème chapitre.Quelle page ?Vous ne seriez pas un peu trop exigent ? vous ?Bref. Lucien, le rustre débonnaire.« Lucien ! Je t’ai reconnu, je vais sortir, mais je t’en conjure, essaie de m’expliquer la situation avant de tirer, j’aimerais savoir pourquoi tu m’en veux tellement… et… et regarde autour de toi !... Tu n’es pas étonné de voir tes voisins raides morts ?- Ouais, ouais Gamin, j’vais t’expliquer, pour l’instant, sors de ta cachette ! Allez Gamin ! sors de derrière cette armoire, avec les mains bien en évidence ! »Merde, il m’a repéré.« Et, ha ha ! HA !! en ce qui concerne tes employeurs, je ne suis pô étonné pour la simple et bonne raison que je les ai empoisonnés, tous les deux, avec des pilules contre l’impuissance assorties d’un concentré d’arsenic à dissolution lente, futé le vieux poivrot, non ? J’vais te dire Gamin, je ne pouvais plus les blairer ces deux prétentieux, avec leur troupeau de puanteurs ambulantes, ils étaient sur terre pour me démontrer mon insignifiance, et ton ! insignifiance… Ils ont directement été envoyés par Belzébuth des entrailles de l’enfer pour m’infliger des souffrances insoutenables ! Le feu nous entoure ! Le feu est partout ! Je suis Dieu ! Et je devais accomplir mon destin sans entrave ! Le feu est partout ! Il nous entoure ! Et leur présence m’insupportait ! Leur présence ! Insupportable !... Et d’ailleurs ! je ne te supporte plus non plus ! tu retardes toi aussi la bon déroulement de mon dessein de conquête de l’univers ! Je suis Dieu ! et c’est précisément pour ça ! que tu vas aller les rejoindre tes crétins de patrons ! dans l’autre monde ! en enfer ! Gamin ! »- Et pour Sacha ? »- Sacha ? Sacha ? Sacha, sais pô… Encore un de ces enculés de suppôts de Satan !... Sont partout. »- Ha… »DÉSOLÉ…Pascal ForbesBlack-out tous droits réservés
Chap V
dimanche 15 mars 2009, par
