IIILa charge du yack :Le yack est un animal grégaire. Il demeure placide et calme jusqu’à ce qu’un événement extérieur à sa propre volonté vienne troubler sa quiétude. Une fois qu’un individu est perturbé, il lance compulsivement un vent de panique suivi d’une course frénétique au sein de son troupeau - groupe généralement de taille moyenne (quelques vingtaines d’individus).Bon… Ils n’étaient peut-être pas autant… mais rien que huit bestiaux, vous voyez, huit légères tonnes de barbaque, galopant à toute bringue pour fuir je ne sais quoi, qui - comme si cela ne suffisait pas - vous foncent droit dessus… Même séparé de la horde par un mur de pierre de granit première qualité… ça craint !Et les deux proprios qui s’en donnent à cœur joie sans soupçonner quoi que ce soit… ça craint !Estimation rapide : 200 mètres. Alors, à environ 40 kilomètres-heure, ça fait… heu… Attends voir… du 10 mètres/seconde, dans précisément…Ils sont là !Tournez ! Ho ! les gars ! Tournez ! z’êtes encore plus bête que vous ne paraissez ! Bande d’abrutis congénitaux ! Tournez ! Vous ne voyez pas cette grosse bicoque biscornue qui ressemble à une falaise ? juste devant vous ? Non ! z’êtes trop cons !Je plonge et me planque sous la table en chêne massif de la salle à manger. Ratatiné.Tout vibre.Le bourdonnement secoue les simples vitrages mal mastiqués de la pièce. Même le dallage du sol semble se desceller.J’en reviens pas !BROUMM !!Je suis bien à l’abri là. Je suis bien à l’abri. Les vitres ont sauté mais les murs ont tenu. C’était vraiment de belles et de solides constructions qu’ils bâtissaient à l’époque, je n’ai jamais autant admiré mes aïeuls bâtisseurs, ils m’auront sauvé la vie à titre posthume…Ouais…Je vais mirer un chouia au dessus du plateau de la table…… … …Bien… Seule une femelle maigrelette (556 kilos grand max) est arrivée à fourrer sa grande gueule au travers d’une des fenêtres de l’entrée. Ses cornes démesurées se sont coincées en trav’ et la miséreuse lutte désespérément pour… sortir ? Non. Heu… Elle lutte pour rentrer !... Dingue !Meuuu !? Meuuu !?La pauvre… Elle se demande ce qu’il lui arrive…Meuuu !? Meuuu !?Calme-toi, ne t’inquiète pas Gretta, je suis à côté de toi, je vais te sortir de là…Meuuu !? Meuuu !?Mais arrête de pousser ainsi ! tu ne feras pas bouger le mur, tu sais, il suffirait que tu reprennes tes esprits et que tu taises ce meuglement pulsatif ! Tu dois t’apaiser, te concentrer un peu sur ta situation, ta posture.Meuuu !? Meuuu !?Tu ne veux rien comprendre, c’est ça ? T’es bien aussi têtue que toutes les femmes… à mettre dans le même panier !« Vain Dieu ! P’tit ! Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ?! Tu peux m’expliquer ce que Gretta fout dans notre entrée ?- Non, Monsieur Bourru, le troupeau s’est mis à charger sans que je puisse y faire quoi que ce soit ! Je n’y suis pour rien ! J’étais ici ! dans la salle à manger ! lorsque tout a commencé !...- Quoi ? Tu es resté là ?! Tu nous matais ! Salopiaud ! C’est ça ! Tu te rinçais l’œil au lieu de bosser ! Tu vas goûter de la mitraille, minot ! Attends que j’arrive à libérer Gretta ! Tu vas voir ce que tu vas voir !...- Ce que je vais prendre…- Quoi !... Fais pas le mariol !... Viens plutôt m’aider ! Enfin non ! Elle est trop affolée, elle n’a pas l’air de vouloir stopper son manège ! Vas me chercher le fusil anesthésiant ! »Le fusil anesthésiant… juste au dessus de la 22 long riffle, dans l’armoire… heu…« C’est que je n’ai pas la clé de l’armoire !- Demande à Mamie mon p’tit ! et presse-toi les miches ! »Direction : la remise, d’où Madame Bourru n’est toujours pas sortie…« Madame Bourru ? C’est le p’tit ! Je peux rentrer ? je dois aller chercher le fusil anesthésiant ? votre mari en a besoin pour régler un léger problème ! Il me faut les clés de l’armoire ! ça urge ! »Absence de réponse.« Madame Bourru ? »Toujours aucune réponse.Je m’inquiète… M’entend-elle ? Je glisse mon avant-bras le long du rideau et le soulève délicatement…Un bazar sans précédent règne dans le réduit. Comme si une tornade venait de faire virevolter en tous sens les réserves de pommes de terre et autres légumes, les boîtes de conserve, les pots de confiture… Il y a des gerbes de coulis de framboise étalées partout, du sol au plafond, sans omettre les murs, les meubles, le carrelage et le corps inerte de Madame Bourru.Le corps inerte de Madame Bourru !« Madame Bourru ! »Je me jette dessus. Elle est à moitié nue. J’en fais abstraction. Tant bien que mal… Disons… que je détourne le regard pour éviter de faire de mauvaises rencontres. Je baisse le châle qui recouvre la partie basse de son visage. Elle fait une abominable grimace, ses bajoues et ses pommettes sont froissées de multiples fossettes, tortueuses, tourmentées. Ses deux grosses lèvres n’ont plus l’air de s’entendre et partent chacune de leur côté, comme tendues par des fils invisibles. De sa bouche suinte une sorte de mousse blanche parsemée de solides morceaux roses et… ovales… Et le peu ragoûtant mélange, goutte après goutte, vient rejoindre la bouillie de framboise sur le carrelage.Ho ! le bon milk-shake !...Je vais vomir…Non, non. Pas le temps. Je dois prendre le pouls de la vioque.Je plonge mon duo index/majeur dans un recoin obscur et humide du vieux cou plissé de la patronne.Un battement…Un autre… C’est pas mal… au moins, son cœur palpite encore…Heu…Attends voir…Non… Doux Jésus, non… Sa pompe à cholestérol vient de s’arrêter de trimer…Souvenons-nous, souvenons-nous, souvenons-nous… du stage de premiers secours. Le stage de premiers secours… Mais… ça fait dix ans déjà ! il n’aurait pas pu me servir avant ! ce putain de stage !...C’était… lors de ma deuxième… heu… si ce n’est de ma troisième seconde. En plus… je m’y étais inscrit… Ouais, je m’y étais inscrit dans l’unique but de faire plaisir à ma petite amie de l’époque, pour qu’elle m’accorde enfin ! ses faveurs. Le plan avait bien fonctionné… Angèle… Ouais. Angèle… je m’en souviens comme si c’était hier…Elle avait une de ses paires de sboubs !... On ne voyait que ÇA !D’ailleurs… Je crois que de l’ensemble du stage de premiers secours… je n’ai retenu que l’image hautement érotique d’un décolleté échancré à l’abus.Ha ! La garce !Comment je fais moi maintenant ? Hein ? Comment je fais ?« Ho les jeunes ! Regardez tous, et concentrez-vous un instant, je vais à présent vous montrer comment procéder à un bouche-à-bouche lors de la réanimation d’une personne ayant succombé à un malaise cardio-vasculaire. Une opération, qui, pour être efficace, doit impérativement s’assortir d’… »D’une grosse paire de seins !Merde !Attends, attends… ça va me revenir… le bouche-à-bouche doit s’assortir d’un…Putain, d’un…D’un massage des seins ! c’est ça ! d’un massage cardiaque !Alors… « Ne faites rien, Madame. Dis-je, connement. Je vais vous mettre dans la position qu’il faut. Vous tourner sur le dos… »Elle est tétanisée à l’intérieur et flasque à l’extérieur, une barre à mine plongée dans une poche à liposuccion pleine à en craquer.Je fais rouler le sac de graisse. Et à présent… étalée comme ça… la mère Bourru ressemble comme deux gouttes d’huile à… à une étoile de mer obèse et mollassonne.Bref. J’essuie, avec le col de sa robe, le bouillon de bave s’écoulant sur le boudiné de sa joue et je me prépare à lui presser le torse avec énergie. Un coup, deux coups… allez, trois coups. Je m’approche de son visage pour lui insuffler une première bouffée d’air, mais… la bave est de retour, elle jaillit du fond de gorge et moi, je ne supporte pas la bave, surtout celle du fond de gorge, elle est épaisse, pâteuse… Deux spasmes stomacaux plus tard, je ressuie le clapet de ma grosse loche de patronne avant de reprendre la manœuvre depuis le début.Un coup, deux, trois…Je m’approche du visage et… Merde ! encore cette saloperie de bave ! C’est pas possible, tu pousses, ça mousse, c’est ignoble ! Comment je fais moi maintenant ? Hein ? Comment je fais ?Il me faut un tube. Ou un morceau de tuyau. Ou un bout de conduit. Ou… le support cartonné d’un rouleau de PQ… ou de sopalin !Du sopalin !...J’attrape le rouleau qui traîne au beau milieu de la pièce. Je le lance en l’air afin de dérouler la petite douzaine de feuilles restantes et je choppe, à sa redescente et au vol, le tube de carton.J’ouvre grand la bouche de la Bourru et… je m’aperçois qu’elle est - en fait - en train de se goinfrer de sa grosse langue. C’est immonde !... Et pour le coup, je ne sais plus du tout comment m’y prendre…« Monsieur Bourru ! Cris-je, à l’aide. Monsieur Bourru ! Votre femme fait un malaise ! Monsieur Bourru ! »Merde ! Mais qu’est-ce qu’ils ont tous aujourd’hui ? Ils ont décidé d’un commun accord de m’emmerder et de ne plus répondre à mes appels ?...Je me relève. Je sors du réduit. Et je tombe nez à nez avec…
Chap III
dimanche 15 mars 2009, par
