29 janvierANAÏS ET LE HÊTRE - partie 4/4Et Anaïs regagna sa branche et un sentiment de chaleur procuré par sa tante, mais trouva que son projet s’effritait un peu.La nuit cependant elle fut réveillée par un tremblement convulsif et une pluie battante, elle chercha son K-way, mais son sac, qu’elle avait laissé avait disparu. Elle resta prostrée et claquant des dents jusqu’au petit matin, où il cessa enfin de pleuvoir. Et à la mi journée elle se dénuda pour mieux profiter des rayons du soleil et faire sécher ses habits. Elle s’endormit jusqu’au milieu de l’après-midi où elle avala, guérie, un bocal entier de confiture de figues planqué dans un trou de l’arbre. Elle se trouva, nue bien que seule, inconvenante et se rhabilla. Elle se donna ce jour de congé et le finit allongée sur la branche, à moitié endormie. Lorsqu’elle assista à une scène obscène et magnifique. Une couleuvre géante, elle faisait pas moins d’un mètre cinquante arrivait en serpentant, juste sous elle, à proximité d’un mulot. La proie, pétrifiée se laissa happer par le monstre et Anaïs n’osait respirer. Elle languissait presque de retourner chez sa tante pour lui narrer l’affaire.Deux semaines ce jour qu’Anaïs partageait son temps entre le perchoir de la forêt et les soupers chez sa tante Rebecca. Elle avait connu l’orage le vent des quatre horizons la pluie l’orage, le frisson des feuilles dans les arbres le repas de Rebecca chez les nomades Peuls où elle avait apporté un bouc vivant qui ne l’était pas resté longtemps et elle avait mangé cette soupe grasse à la lueur de la lune et sous le regard stupéfait des gnous qui n’avaient jamais vu de femme blanche. Anaïs avait mangé trop de mûres et cueilli des dizaines de bouquets de fleurs, surpris un renard qui rentrait dans son terrier, elle avait même fui un sanglier et mangé une soupe d’ortie chez sa tante qui cuisinait comme un porc épic, et elle avait bien rigolé.Ouais tout ça en deux semaines. Mais de feuilles vertes en fruits trop mûrs de contes à dormir debout aux fauves domestiques il arriva ce qui devait arriver : Anaïs commençait, telle une enfant trop gâtée par dame nature, à s’ennuyer. On pourrait même dire qu’elle s’emmerdait ferme, mais trop fière pour faire marche arrière. Elle résistait, et n’avouait même pas sa lassitude à sa tante, sa seule amie. Elle se laissait dépérir, ne se lavait plus au grand dam de Rebecca qui se demanda même s’il ne fallait pas, de guerre lasse, prévenir sa sœur. Mais trop fière, elle ne le fit pas.On retrouva Anaïs un méchant soir d’août, assise en haillons sur la plus basse branche de ce hêtre centenaire, en même temps que sa lettre. Elle se jeta dans les bras de ses parents, elle n’avait quand même que douze ans, merde, et les parents pleurèrent beaucoup, fâchèrent un peu, et cette fois ils n’avaient pas de cadeau.Et la tante, un peu en retrait et un peu confuse reçut un sourire radieux de sa nièce accompagnée d’un sourire complice qui la ravit.
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