Il était une fois... Le ménage (Partie 3/3)Et ce grand lit ! tous les jours changer les draps de soie noire. Le noir c’est le deuil le noir c’est le luxe. Et lorsque l’étoffe douce et légère s’envole au-dessus du matelas, Michelle s’envole au-dessus de New York. Vol au-dessus des tours de Manhattan, rêve de gosse, briques rouges dans la lumière du soir, fourmis pressées et multicolores, avenues taillés à la serpe. Curieusement une seule avenue est tracée de travers et rompt la monotonie du quadrillage. Un immeuble est dressé devant ce carrefour atypique, on l’appelle le fer à repasser, Michelle n’aime pas le zèle et lui préfère un nom de navire. L’étoffe se pose aussi doucement qu’un parachute et se dégonfle sur le matelas, et Michelle chevauchant on ne sait quel objet volant non identifié mais pas bruyant décide de se poser au milieu de Central Park. Quel architecte visionnaire a conçu ce poumon vert cent ans avant l’ère de la pollution ? Michelle ne conçoit un lit qu’au carré et gifle le drap pour qu’il épouse au mieux le coin du matelas tandis que courent les New yorkais riches dans la touffeur de la végétation.La baie vitrée donne sur un jardin tropical. Tout y est, bananiers hibiscus, lianes aux feuilles vert émeraude parfaitement découpées, lagon d’un bleu profond bordé de sable blanc, orchidées diverses et colorées, perroquet blanc. Rare. Quand Michelle s’arme du pistolet à vitres, elles ne sont qu’empreintes de doigts négligés. Pourquoi se fatiguer quand Michelle s’esquinte le dos quotidiennement ? Dehors, un chien bleu vient d’apparaître tandis que des femmes à la peau caramel, s’étendent, lascives sur le sable jaune. Et le pistolet attaque les six mètres carrés de vitre et la peinture bleu du chien et les paréos rouges se diluent dans le détergent. Tableau abstrait, mais qui conserve les couleurs éclatantes, le bleu le vert le rouge le jaune, le temps que Michelle se saisisse de la raclette. Alors à chaque coup d’essuie-glace le tableau se reconstitue. Une fleur d’hibiscus à l’oreille de la femme, le tronc bleu les branches qui se perdent dans l’ocre, la queue du chien qui s’abaisse, et ce lagon vert qui pénètre dans le sable. Ce n’est que lorsque la peau des deux femmes redevient parfaitement caramel jusqu’à avoir envie de la lécher que Michelle sait que la baie est parfaitement propre.Il y a une seule chose que Michelle n’aime pas, c’est le bruit de l’aspirateur. Mais depuis peu elle a trouvé la parade. Elle a demandé la permission au boss de se servir de cet engin bruyant équipée d’un lecteur CD. Toujours le même disque, le bruit de la mer. Et la brosse virevolte dans les coins de la chambre comme la vague s’insinue entre les rochers en bruissant, les cinq sens sont en éveil une déferlante plus puissante que les autres et Michelle est trempée elle tremble de froid et de bonheur puis goûte à l’eau salée, et les paquets d’eau se fracassent sur les rochers ou suintent en se retirant du sable comme l’aspirateur se glisse sous le lit. Un rocher noir se dresse, là-bas et de temps en temps une gerbe d’écume jaillit et Michelle gémit de bonheur tandis que disparaissent les moutons sous l’armoire.Il était une fois une femme de ménage.Qui se rendait à sa besogne en chantant...
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27 mai / série "20"
27 mai / Il était une fois... Le ménage (Partie 3/3)
jeudi 27 mai 2010, par
