Ève avait un nom à coucher dedans. Christian Brissart
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27 janvier / série 2012 - La forêt des copocléphiles

27 janvier / Anaïs et le hêtre - partie 2/4

vendredi 27 janvier 2012, par Blackout

27 janvier
 
ANAÏS ET LE HÊTRE - partie 2/4
 
Anaïs finit d’écrire sa lettre pendant que les parents préparaient la surprise, le gâteau, puis elle la planqua dans la poche de son kangourou en peluche, le temps qu’ils la trouvent elle serait loin. Puis sauta avec son sac à dos qu’elle aimait à appeler balluchon, par la fenêtre de sa chambre, au premier – elle ne s’est pas fait trop mal en retombant elle avait l’habitude de se carapater et puis elle faisait de la gym, à son corps défendant. Elle fila à la nuit tombée vers la forêt toute proche. Non, elle n’avait pas un manteau rouge et un panier avec un petit pot de beurre elle avait bien la tête sur les épaules. Se cacher dans les arbres un certain temps pendant que les flics courraient après les pédophiles et sonderaient l’étang. Elle volerait la nourriture la nuit chez sa tante qui n’habite pas loin, ne ferme jamais la porte à clé et ne compte pas ses bocaux de confiture.
Elle eut aimé avoir une mère comme sa sœur, qui se fichait du superflu pour ne jouir que de l’essentiel. Elle jouait merveilleusement bien de la flûte à bec et cuisinait de façon abominable. Elle racontait des histoires fabuleuses à Anaïs lorsqu’elle la gardait pendant que ses parents s’ennuyaient à une réception. Et quand Anaïs fut en âge, Rebecca sa tante lui narra son voyage : le jour de ses quarante ans elle planta mari et enfants (grands) décidant qu’elle avait assez trimé pour en profiter à son tour. Sac à dos et pouce orienté vers le sud. Un petit pincement au cœur quand pour la première fois elle passa une frontière, celle de l’Espagne. Dans une 404 bourrée d’une smala arabe qui rejoignait son bled, comme tous les deux ans. Elle descendit à la frontière mauritanienne. Elle eut du mal à traverser ce pays, chaud, sec, pauvre et dangereux. Elle parvint au Mali après deux mois de route. Elle s’installa à Mopti et se mêla aux marchands. Elle emprunta un mètre de planche au marché et déversa une multitude de scoubidous. C’est étonnant comme les gens pauvres s’intéressent aux choses qui ne servent à rien. Bientôt les rétroviseurs de pas mal de carcasses de voitures s’ornèrent de ces tortillons bizarres en nylon, et Rebecca trouva à se loger, juste avant la saison des pluies. Les jours de veine, elle s’installait au bar qui surplombait le Niger et s’offrait le luxe d’une mauresque avec des glaçons. Rebecca aurait pu causer des heures de son voyage, mais Anaïs avait beau lutter, bientôt le sommeil la gagnait.
 
Les parents d’Anaïs, par excès de confiance ou par peur des représailles, ne prévinrent la Police que le cinquième jour de sa disparition. Et puis ce n’était pas la première fois qu’elle fuguait quelques jours. Ne comprenant décidément pas leur fille, ils lui offraient pour son retour, car jusqu’à présent elle était toujours revenue, un somptueux cadeau et ne demandaient aucune explication ; Anaïs montait fermée comme une huître dans sa chambre, c’est à peine si ses parents lui arrachaient un merci. De Charybde en Scylla, ils décidèrent de l’envoyer consulter un psychiatre.
Ça s’empira.
 
A suivre... demain !

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