26 janvierANAÏS ET LE HÊTRE - partie 1/4On retrouva Anaïs un méchant soir d’août, assise en haillons sur la plus basse branche de ce hêtre centenaire, en même temps que sa lettre.Chers parents, très chers parents, trop chers parents.J’ai douze ans aujourd’hui et je n’en peux plus. Je suis désolée pour vous qui avez tant fait pour moi. Et le jour de mes douze ans, cet i-Pad ! C’est trop. Je veux dire c’est inutile et ce machin virtuel ne fait que m’isoler un peu plus. Savez-vous ce que j’aurai voulu pour mon anniversaire ? des fleurs, un bouquet de fleurs des champs et des caresses. Pas des euros. Vous confondez, je pense en toute franchise, l’amour et les sous. A trois ans j’ai eu une moto électrique qui a fini deux mois plus tard au fond du garage, après deux chutes. A quatre un téléphone un vrai un portable. Vous ne vous êtes même pas souciés que des ondes néfastes puissent me nuire, mais vous vouliez me faire un cadeau branché. A dix ans un écran plat. Ça, je dois reconnaître que j’en ai fait bon usage. Je me suis gavée de films, j’ai commencé par "Jour de fête". Mais c’était seule dans ma chambre et dans le noir. A onze ans je voulais un petit frère, j’ai eu la dernière playstation. Vous devez me trouver bien ingrate.Vous ne m’avez pas comprise.La vie, pour moi c’est l’odeur d’une poignée de terre, c’est rougir quand un garçon me regarde, et oui j’ai douze ans, par certains côtés j’ai l’âge de mes jouets. La vie pour moi ce ne sont ni les télécommunications, si performantes soient elles, ni les ombres chinoises.Connaissez-vous le mythe de la caverne, de Platon ? Ou de Socrate, je ne sais plus. Des gens sont enchaînés dans une grotte, depuis des lustres face à un pan de rochers. Ils ne voient que les ombres des autres gens. Et au bout du compte, ils pensent que ces ombres c’est la vie.J’étouffe dans ma cage dorée. Aussi je confectionne mon balluchon et je pars ce jour de juillet. N’ayez crainte, je me suis tuyautée sur Internet et j’ai dans mon sac un couteau suisse, un K-way une boussole, une carte IGN, ça je l’ai piquée à papa, une couverture de survie un thermos et toutes ces choses que j‘ai pu acheter avec l’argent que vous me donniez à chaque occasion un noël une bonne note, mon anniversaire. Surtout que je ne manque de rien.Je vous donnerai régulièrement de mes nouvellesJe vous aime quand même,Sinon je ne vous aurais pas écrit cette lettre.AnaïsA suivre... demain !
© Black-out
