Elle s’appelait Annie devait avoir vingt ans ce jour-là. Seulement voilà. Elle ne voulait pas. Ce jour-là, elle a pensé ne pas se lever. Rester toute la journée au lit volets fermés et porte close. Mais ça n’empêchait pas ce maudit sablier... Ce jour-là, ce maudit jour-là, elle a pensé fuir. Mais aussi loin qu’elle aurait fui, même jusqu’au bout de l’horizon, dans ces pays où le temps n’a pas de prise, elle aurait forcément croisé un miroir, même fêlé qui lui aurait rappelé. Mourir, mourir le jour de son anniversaire, ça lui a plus que traversé l’esprit. Cette nuit à minuit une, elle s’est réveillée en nage, cette nuit-là à minuit une elle rêvait qu’elle pendait au bout d’une corde avec un écriteau autour du cou et deux dates trop semblables. Non. Mourir n’est pas une solution. Mourir n’est jamais une solution. Alors elle a enfilé sa culotte petit bateau sa jupe jaune avec des sucettes roses imprimées dessus, elle a passé son t-shirt des Simpson, lacé ses converse bleu roi, et a filé droit vers le magasin d’habillements, dès l’ouverture. Elle a choisi un slip en dentelles et un soutien-gorge assortis, elle avait des seins tellement petits, des seins qui eux aussi refusaient de grandir, qu’elle n’avait jamais porté de soutien-gorge auparavant, même pour jouer aux grandes. Surtout pas jouer aux grandes, elle s’est fendue d’une robe fourreau noire et chic, s’est plantée devant la glace et s’est trouvée belle. Elle a demandé à la vendeuse d’enlever toutes les étiquettes, surtout les tailles ’XS’ elle garderait les affaires sur elle. Elle a enfin redressé la tête, elle est sortie dehors, le jour de ses vingt ans.
Ce jour-là elle a enfin accepté de vieillir.
