Il était une fois... Le ménage. (Partie 1/3)Il était une fois une femme de ménage. Qui se rendait à sa besogne en chantant. Son patron était riche comme tous les patrons qui peuvent s’offrir une femme de ménage à plein temps. Mais comme elle faisait son ouvrage à la perfection, il ne trouvait rien à redire.Elle n’était point encore entrée dans la demeure qu’elle était déjà au travail. La poignée de porte. Ronde. En bronze. Michelle, c’est son prénom, avait apporté dans son sac une chiffonnette imbibée de potion magique et tandis qu’elle lustrait le globe son esprit s’évadait. A l’autre bout. Du globe. Son chiffon flirtait avec l’équateur et elle partait en pirogue, pécher avec les noirs à la peau nue. Le plus difficile était de passer la première barre de vagues, haute comme une pirogue pouvant contenir dix pécheurs et Michelle, nue aussi. Il fallut trois tentatives et tandis que le chiffon frottait frottait les hommes sculpture à la peau qui brillait sous l’écume ramaient ramaient à contre courant et Michelle faisait ce qu’elle pouvait et les hommes chantaient sous l’effort et Michelle riait. Le poussoir de la poignée était délicat comme un clitoris - le clitoris du monde ! et il fallait le nettoyer soigneusement comme le nombril d’un bébé. Alors un homme, sans doute le chef, se levait et d’un geste auguste lançait le filet. Michelle aurait eu un appareil photo qu’elle eut été célèbre en immortalisant ce geste digne d’un Dieu. Mais elle était femme de ménage et nue dans une pirogue et elle profitait de l’instant magique, comme une installation d’art éphémère. Michelle changea pour une chiffonnette sèche tandis que les hommes faisaient un feu sur la plage et que les femmes, drapées jusqu’à la taille d’une étoffe aux couleurs chatoyantes vidaient les poissons sous une avalanche d’oiseaux se jetant sur les tripes. Dans cette tribu ce sont les hommes qui cuisinent : poissons grillés arrosés de citron vert, riz blanc. Michelle vient de nettoyer la sonnette il lui faut entrer dans la maison. C’est la cuisinière qui lui ouvre.Michelle commence toujours son ménage par l’escalier qui mène à la mezzanine. Escalier de bois rampe de métal brossé, altitude modeste, montagne à vache, Vercors... Toute randonnée dans le Vercors commence par la traversée d’une forêt. Immense, dense, uniforme. Pentu, le chemin, aussi. Le groupe, accaparé par l’effort marche le nez sur les chaussures et ne voit ni le pivert furtif ni le chevreuil curieux. Au bout de deux heures de marche c’est la pause, tandis que Michelle attaque les contremarches au chiffon, c’est la seule façon de faire. Casse-croûte montagnard saucisson, tomme, vin rouge, puis c’est la reprise, difficile. On tourne autour de la montagne et soudain, au bout du chemin, une trouée que l’on croit plus claire. Arrivée au bout du chemin, c’est le bout du chemin. Du brouillard à ne pas voir ses chaussures Michelle frotte les marches inondées de cire d’abeille avec son pull fétiche. L’imagination à deux vitesses : Michelle brique les marches tout en s’imaginant randonner en pleine purée de pois, et les randonneurs aveugles imaginent ce qui pourrait se passer autour d’eux. Un bris de branche léger et ce serait un écureuil un grognement sinistre un porc qui protège sa portée, un coup de vent soudain et c’est le ravin qui est là, et le sol va se dérober sous leurs pieds. Peur délicieuse et Michelle qui se casse les reins sur le deuxième palier. Tout d’un coup d’un coup de hache se fend la brume et le paysage apparaît sous un ciel de cobalt. La prairie semée de roches blanches à perte de vue derrière et devant, fouetté par le vent, un caillou qui dévale deux cents mètres d’à-pic. Un pas de plus... Et Michelle qui brique la rampe, elle ne la fera jamais briller, la rampe est en métal brossé.A suivre...
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25 mai / Il était une fois... Le ménage (Partie 1/3)
mardi 25 mai 2010, par
